Un FN "mains propres et tête haute" ?

C'est comme un avertissement. Ce 26 février, dans le cadre de son premier grand meeting de campagne au Zénith de Nantes, Marine Le Pen ne fait pas que se présenter comme une victime d'un « gouvernement des juges » et d'une « campagne hystérique » des médias en faveur d'Emmanuel Macron. La présidente du FN prévient « Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un personnel politique aux abois demande d’utiliser les pouvoirs d’Etat pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus, ou des cabales d’Etat, de se garder de participer à de telles dérives. Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’Etat que nous voulons sera patriote ». 

Mises en examen de Frédéric Chatillon dans l'enquête sur le financement des campagnes électorales (2014 et 2015) pour abus de bien social et de Catherine Griset pour recel d’abus de confiance, perquisition au siège du FN, accélération de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants de députés au Parlement européen... Il semblerait que depuis quelques jours, l'histoire du Front national prenne un autre rythme sur une thématique particulière : l'argent.

Elle s'accole quasiment à l'histoire originelle du FN. Le premier grand épisode ? Certainement l’héritage Lambert du nom d’Hubert Lambert dit Saint-Julien, actionnaire de la société Lambert Frères et Cie. Au FN, on se demande qui est cet homme qui arrive en Rolls avec son chauffeur, au siège du parti au début des années 1970. On ignore sa filiation avec les ciments Lambert et, donc, sa fortune colossale. On apprécie ce personnage discret, admirateur des présidents des formations d’extrême droite. Selon Roger Mauge, l’un des hagiographes du président du FN, Hubert Lambert aurait donné 300 000 francs à Jean-Marie Le Pen dans le cadre des élections législatives de 1973.

Le 27 septembre 1976, Hubert Lambert décède. Dans son dernier testament, ce quadragénaire fragile physiquement et psychologiquement, membre du comité central et conseiller national du FN pour les questions militaires, a fait de Jean-Marie Le Pen son exécuteur testamentaire et son unique héritier. Jean-Marie Le Pen hérite, non seulement, d’un capital (difficile à évaluer) estimé à 30 millions de francs (plus de 4,5 millions d'euros) sous forme « d'avoirs financiers et bancaires » et de biens immobiliers dont une partie de l’hôtel particulier à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, et d’une maison où la mère d’Hubert Lambert a été élevée. Surtout, le président du FN fait immédiatement comprendre à son entourage politique que cet héritage est personnel et non politique, suscitant l’incompréhension au sein d’un parti confronté, entre autres, à d’importantes difficultés financières.

Jean-Marie Le Pen considère cet apport d’argent comme le gain d’une « liberté » exceptionnelle qu’il a mise au « service » du FN. Il aurait utilisé une partie de cette fortune pour financer un « certain nombre de choses » dont la campagne électorale de 1981 qu’il aurait assumée seul, puisqu’il n’existe aucune subvention de l’État à cette date. L’héritage Lambert reste un sujet difficile à aborder. Dans l’Album des 20 ans, ouvrage à la gloire du FN publié en 1993, un encadré sur ce sujet a été réécrit par Jean-Marie Le Pen, les rédacteurs ayant rédigé une première mouture contrevenant à la version officielle. Jean-Marie Le Pen parle d’Hubert Lambert comme d’un « ami de jeunesse » et met en avant une « parenté par le cœur » :

Lambert 4

Depuis qu’il existe, le FN entend se distinguer des autres formations politiques sur ce point également : il se présente comme un parti transparent, porté par des représentants honnêtes et, en aucun cas, corrompus et impliqués dans des affaires financières. « Mains propres et tête haute... » est lancé à l’occasion des élections législatives de mars 1993. Il fait référence à l’opération « Mains propres », à savoir la mise au jour d’un système de corruption et de financements illicites de partis politiques italiens. Le FN affirme alors faire campagne contre les politiciens corrompus en ces « temps d'affairisme et de scandales politico-financiers multiples ». Il parle, au sujet de ce tract, de « record » : 17 millions d’exemplaires auraient été distribués pendant la campagne.

mains propres tête haute

Depuis, ces quelques mots sont utilisés régulièrement par les représentants du FN, à commencer par Jean-Marie et Marine Le Pen… avec quelques variantes. Pour la présidente du FN, son parti est et reste « tête haute et mains blanches ».

L'histoire se poursuit ; et la désillusion de certains également. Récemment encore, l'ancien élu de la mairie FN de Cogolin Anthony Giraud racontait à propos du maire, Marc Etienne Lansade : « Quand il est arrivé, je me suis jeté dans la campagne. Il a un bon bagou, il arrive à se vendre, il a expliqué qu’il était dans l’immobilier. Pour moi c’était le FN tête haute, mains propres. Et malheureusement, pas un seul conseil municipal sans un projet immobilier, sans projet de vente, parce que Mr Lansade est en train de dilapider le peu de biens communaux que Cogolin possède ». De son côté, un ancien conseiller de Marine Le Pen pendant la présidentielle de 2012, Gaël Nofri, dénonce un « système de corruption généralisé au FN » au sujet du financement des campagnes de 2012.

Quoiqu'il en soit, et pour l'instant, les affaires en cours d'instruction ne paraissent pas ternir l'image du FN et de sa présidente. Les intentions de vote continuent de placer Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle. Ses électeurs entendent un des arguments principaux de leur représentante, à savoir : ses adversaires politiques, et plus largement le système, veulent l'abattre. Et ils n'auraient trouvé que « ça » pour le faire. Pour les frontistes, l'important n'est pas là... mais dans la nouveauté qu'elle incarne. Marine Le Pen, rappellent-ils, n'a jamais été au pouvoir. Et, en plus, elle s'est engagée à changer radicalement les choses, notamment par l'instauration de la « priorité nationale ». Et c'est pour cela, avant tout, qu'ils votent FN et Marine Le Pen. Le reste....

 

 

 

 

 

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  • Dugenou

    Raciste d'abord, le reste...
    À peine au porte du pouvoir et ils piochent déjà goulûment dans la caisse (la nôtre). Ça promet.

  • Anonyme666

    Tête haute certainement, mains propres pas si sûr.