Le talon d'Achille des êtres humains

attanatta

Et si le fonctionnement psychologique de l’être humain pouvait le mener à sa propre perte ? Voici quelques éléments de réponse à cette question…

Nos comportements sont sélectionnés par leurs conséquences

En sciences de l’éducation, il existe un principe d’apprentissage qui stipule que nos comportements sont sélectionnés par leurs conséquences. Illustration :

En résumé :

- L’être humain apprend des conséquences de ses comportements : c’est la relation entre nos comportements et leurs conséquences qui va déterminer la façon dont ces comportements vont se maintenir… ou pas.

- Le fait que nos comportements soient modifiés par leurs conséquences est un principe de base qui concerne tous les êtres humains, sans exception.

Le principe de « contiguïté temporelle »

Cette relation entre nos comportements et leurs conséquences dépend également de la durée entre le comportement et sa conséquence : plus la conséquence arrive rapidement après le comportement, plus ses effets sur le comportement seront importants. C’est ce que l’on appel le principe de contiguïté temporelle. Cela est bien connu en psychologie expérimentale : on place un rat dans un labyrinthe face à deux chemins possibles, l’un très court, qui mène à une quantité de nourriture très faible, l’autre beaucoup plus long, qui mène à une quantité plus élevée de nourriture. On observe alors que le rat choisit le chemin le plus court. Dans cette expérience, on voit bien que même si les conséquences sont plus intéressantes en prenant le chemin le plus long, le rat choisit quand-même le chemin le plus court. « Le choix du chemin le plus court peut être considéré comme peu adapté, puisque le second apporte plus de nourriture. Toutefois, la considération que la longueur du chemin retarde d’autant le moment de l’accès à la nourriture explique ce choix : c’est un effet du principe de contiguïté temporelle » (Descamps et Darcheville, 2009, p. 22).

Cet effet du principe de contiguïté temporelle s’applique non seulement aux rats, mais aussi aux êtres humains. Ceci peut être illustré dans le fameux test du chamallow : des enfants ont le choix entre manger un seul chamallow tout de suite ou bien attendre 15 minutes pour pouvoir en manger deux. 70% des enfants ne résistent pas et mangent le chamallow avant que les 15 minutes se soient écoulées :

La faiblesse de l’être humain…

Nos comportements sont donc plus facilement influencés par une moindre conséquence disponible immédiatement, que par une conséquence plus importante disponible plus tard. Et c’est d’ailleurs l’un des plus gros problèmes de l’être humain : « Nous faisons régulièrement cette expérience de notre extrême difficulté à résister aux comportements dont les issues nous sont manifestement peu favorables, en comparaison avec d’autres comportements, au bénéfice plus élevé, mais malheureusement trop éloigné » (Descamps et Darcheville, 2009, p. 22). Par exemple :

  • Les fumeurs préfèrent une dose de nicotine disponible immédiatement plutôt que d’arrêter de fumer pour bénéficier d’un effet salutaire à long terme sur leur santé (c’est une des raisons pour laquelle il est si difficile d’arrêter de fumer).
  • La gourmandise procure un plaisir gustatif immédiat, contrairement aux régimes dont les effets bénéfiques sur la santé sont différés (c’est une des raisons pour laquelle il est si difficile de perdre du poids).
  • Faire de l’exercice physique ou réviser pour ses examens ont des effets bénéfiques à long terme, contrairement à d’autres activités qui nous procurent un plaisir plus rapidement disponible, comme par exemple aller boire un verre avec ses amis.
  • Les contraventions reçues par courrier plusieurs jours après l’infraction ont beaucoup moins d’impacts sur les comportements des automobilistes que si la sanction tombe dans les 3 secondes qui suivent l’infraction. D’ailleurs, des expérimentations sont actuellement en cours pour évaluer les effets d’alertes envoyées instantanément par sms sur les smartphones des contrevenants.
  • Etc., etc.

Ainsi, plus la conséquence est distante, moins ses effets sur le comportement sont importants. Ces effets sont d’ailleurs d’autant moins importants que la conséquence est moins probable (si par exemple nous étions sûr et certain de décrocher le Bac en révisant, alors nous choisirions plus volontiers de réviser que d’aller boire un coup avec ses amis).

Pour l’anecdote, la « légende » originelle d’Adam et Eve illustre très bien ce fonctionnement inhérent à l’être humain. Dans la Genèse, il est écrit en effet que Dieu avait tout permis à Adam, sauf la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance, en lui disant : « de celui-là, tu n'en mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Mais contrairement à ce que nous annonce le premier livre de la Bible, l’Homme n’est pas « désobéissant » par nature, il est juste sensible aux conséquences immédiates (le plaisir immédiat procuré à Adam en croquant la pomme l’emporte sur le bénéfice à très long terme d’une vie éternelle).

Vers une auto-destruction de l’humanité ?

Si les comportements des êtres humains sont particulièrement sensibles à leurs conséquences à court terme, c’est principalement pour des raisons adaptatives (sans cette contiguïté temporelle entre comportements et conséquences, il ne pourrait y avoir de sélection possible des comportements adaptatifs). Mais paradoxalement, ce principe pourrait aussi conduire à l’extinction de la race humaine, dans la mesure où l’on ne réussira probablement pas à adopter des comportements respectueux de l’environnement dont les conséquences bénéfiques pour notre planète sont bien loin d’être immédiates.

Références :

Descamps, C. et Darcheville, J. C. (2009). Introduction aux neurosciences comportementales. Paris : Dunod.

Domjan, M. P. (2006). The Principles of Learning and Behavior.

Malott, R. W. (1972). Contingency management in education &​ other equally exciting places. Behaviordelia.

Schneider, S. M. (2012). The Science of Consequences : How They Affect Genes, Change the Brain, and Impact Our World. New York : Prometheus Books.

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  • Padakhor

    Le principe de contiguïté temporelle n'est qu'une généralisation du proverbe: "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras" illustré par le fameux test du chamallow