Le 3ème plan autisme : un changement culturel ?

Ces derniers temps, les sujets autour de l'autisme ont été très présents dans l'actualité…Le label « grand cause nationale » en 2012, la journée nationale de l’autisme le 2 avril dernier, les différents documentaires et fictions diffusés à la télévision (Le cerveau d’Hugo, docu fiction de Sophie Revil), les dernières publications littéraires de personnes atteintes du syndrome d’Asperger (Daniel Tammet ou Josef Schovanec), le 3ème "plan autisme" qui devrait bientôt être présenté par Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée en charge des personnes handicapées, mais surtout, le débat entre les théories d’inspiration psychanalytiques et comportementales.

Pour essayer de faire évoluer ce débat, le 3ème plan autisme sera axé notamment sur une meilleure formation des professionnels en s’appuyant sur les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de la L’ANESM (Agence Nationale de l’Evaluation et de la Qualité des Etablissements et Services Sociaux et Médicaux-Sociaux). Et celles-ci insistent pour que les professionnels des structures d’accueil se forment et utilisent l’approche comportementale pour prendre en charge les personnes avec autisme qu’elles accueillent (je n’évoquerai pas ici les arguments scientifiques qui motivent l’utilisation d’une telle approche pour la prise en charge des personnes porteuses d’un handicap). Le plan prévoit d’ailleurs que les structures financées par les Agences régionales de Santé (ARS) feront l'objet d'évaluations portant sur le type de thérapie que ces structures mettent en oeuvre. Les établissements qui ne respecteraient pas ces recommandations se verraient retirer leur agrément.

Le problème, c’est que même si ces pratiques font autorité légale, il ne suffira pas d’imposer, encore faudra-t-il former les personnes. Car la prise en charge comportementale est très loin d’aller de soi. Deux obstacles principaux : la psychiatrie française, les universités de psychologie, les écoles d’éducateurs, d’infirmiers ont pour socle d’enseignement les théories dites mentalistes (dont la psychanalyse fait partie) et une majorité de professionnels s’inscrit donc dans ce courant. Mais la psychanalyse est beaucoup plus qu’une approche thérapeutique, c’est presque un folklore : complexe d’oedipe, refoulement, pulsion, névrose, divan, etc. sont des terminologies qui font partie de notre quotidien et sont souvent utilisées pour justifier nos actes. Il devient donc presque évident que des dispositions légales ne suffiront pas à rectifier le tir. Sans compter que les idées issues du comportementalisme sont très différentes de celles de l’approche classique dans leur formulation, c’est pourquoi les institutions françaises du soin psychique ont vu d’un très mauvais œil l’arrivée en France de ces théories comportementales, mal comprises. Et là, le deuxième obstacle, majeur à mon avis : au-delà d’une difficulté à changer des pratiques si bien ancrées dans la culture du soin, les théories comportementales sont également complexes à appréhender de par les conceptions philosophiques qu’elles véhiculent. Alors que la théorie freudienne plaçait l’origine de nos comportements « à l’intérieur de l’individu » (nos actes seraient déterminés par nos conflits internes), le comportementalisme déclare au contraire que nos comportements sont entretenus par notre environnement qui en est la cause, allant même jusqu’à suggérer que le libre arbitre n’existe pas.

L’enjeu est très important, car ces deux conceptions si divergentes du comportement humain ont des conséquences tout aussi différentes sur la prise en charge des personnes.

« Peut-être la raison pour laquelle les gens sont si effrayés devant les considérations causales vient de leur terreur à l’idée que, les causes des phénomènes de l’univers une fois mises au jour, le libre arbitre de l’homme pourrait se révéler n’être qu’une illusion. » K. Lorenz

Pour modifier la prise en charge des personnes avec autisme ou tout autre forme de handicap, il faudra donc bien plus que des dispositions légales. C’est une nouvelle culture des institutions de soin, une nouvelle idée de nos comportements qu’il faudra peu à peu modifier.

A lire aussi

  • lyseam

    Merci.
    et chapeau.

  • lyseam

    Un bémol . On ne se refait pas! :-)
    ou 2.

    D'abord l'étude neurologique d'une part et la psychiatrie "pharmacologique" d'autre part ça existe aussi.
    Ensuite :
    Le problème de la psychanalyse folklorique est tout d'abord qu'elle n'a cherché à "expliquer" qu'en fonction justement de SON  environnement de l'époque avec une base très patriarcale  et, pour faire "moderne/sortant du lot donc à la mode" , très sexuée (grâce à notre si cher F, /suis ironique.) dans ses a priori, par des projections pures.
    Le "connais-toi toi-même" de Delphes qui ne date pas d'hier (!) restera toujours un bon précepte.
    Mais les intervenants du soin psy ne peuvent en rester à aider ceux qui n'y parviennent d'eux-mêmes à se découvrir de l'intérieur et en aucun cas ne doivent y projeter leurs a priori pour simuler une articulation qui leur convient à eux "soignants" d'entendre.
    A contrario le comportementalisme ne s'arrête pas à une théorie de comportements entretenus par l'environnement : il se base sur la plasticité du cerveau et cherche à contourner ce qui est (un état par ex autistique) en le "reconditionnant" (je n'aime pas trop ma tournure mais bon...). Et ça (la prise en compte de la plasticité du cerveau) ça marche

    En d'autres termes, connais toi toi-même est toujours bon (ne serait ce que connaître son ou ses problèmes psy justement pour plus d'autonomie face au soin). Un aide de bon sens de soignants est souhaitable si nécessaire (et possible). Une approche comportementaliste( y compris aide "physique")  peut être la clef d'une plus grande adaptation à l'environnement (à des degrés divers bien sûr suivant le degré de la pathologie et selon la pathologie) et un complément médicamenteux est parfois nécessaire. Tout cela se dosant en fonction des cas.
    Mais nulle part, il n'est effectivement besoin d'entendre des étiquetages déchiquetages systématiques.
    Et pourtant je suis fan de mythologies...

    Bonne continuation.
    Au plaisir de votre prochain article.

    • jeromelichtle

      Bonjour,
      Merci pour ces précisions. Les neurosciences comportementales nous rappellent en effet qu'à la base des changements comportementaux il y a la modification des connexions nerveuses. Une bonne prise en charge individualisée, pouvant parfois faire appel à un traitement médicamenteux, peut modifier ces connexions dans certaines limites.

  • Michelle Léonard

    Il serait grand temps de considérer ses enfants autrement que comme des malades mentaux.

  • Josiane Bonadonna

    "Nous devons envisager la possibilité pour l'individu de contrôler son propre comportement. (...) Il est souvent capable d'agir sur les variables qui l'affectent" 1953. B-F Skinner dans Science et comportement humain 

  • Pingback: Etablissement B.F Skinner – La professionnalisation des auxiliaires de vie scolaire (AVS) : enfin une rentrée pour tous ?()

  • Pingback: 2 avril : Journée Mondiale de Sensibilisation à l’Autisme | Autisme 66 Esperanza()

  • Pingback: Article de notre psychologue Jérôme LICHTLE sur les enjeux d’une prise en charge précoce | La Vie en bleu()

  • Pingback: Jeudi 2 avril, une occasion de s’informer sur l’autisme | Dans vos têtes | Francetv info()

  • Pingback: « Le comportement de mon enfant vous surprend ? » | Dans vos têtes | Francetv info()

  • Pingback: Les personnes autistes ont des choses à vous dire | Dans vos têtes | Francetv info()