Mariage homosexuel : la gauche piège la droite

(MAXPPP)

Nicolas Sarkozy, qui avait laissé entendre qu’il ne ferait, le moment venu, qu’une bouchée du candidat Hollande, avait fini par s’apercevoir que c’était plus facile à dire qu’à faire. L’homme pratique avec talent l’esquive et, l’air de rien, sait prendre ses adversaires à revers. Aujourd’hui, l’opposition vérifie à son tour qu’il n’est pas aisé de trouver face à Hollande le bon axe, le bon angle, le bon  ton. Et que le chef de l’Etat – qui a toujours été sous-estimé – n’est pas pour rien un professionnel de la politique et, comme on dit en boxe, un « encaisseur » redoutable. Impopulaire, il l’est. Mais habile, plus encore.

Le rendez-vous clé du 13 janvier

Les « manifs » anti-mariage homosexuel du 13 janvier s’annoncent, de ce point de vue, comme un rendez-vous-clé. Pas perdu d’avance pour le pouvoir, même s’il est sur la défensive.

Il y aura du monde dans la rue à Paris : c’est une évidence. Mais beaucoup de monde ou énormément de monde ? Et sur quelle dominante ? L’Elysée et Matignon, à la manœuvre, exploitent les imprudences de « l’adversaire » et agissent pour que, à l’arrivée, quel qu’il soit, le message des manifestants soit brouillé.

Premier temps de la contre-attaque : ne « cibler » que les catholiques alors que, fait exceptionnel, les représentants de toutes les religions (catholiques, juifs, musulmans et même les protestants, traditionnellement en retrait) ont soit critiqué soit condamné le projet de loi gouvernemental. Idée sous-jacente, parfois explicite : les « curés » (dont l’influence est pourtant en chute libre) voudraient, contre la laïcité républicaine, imposer leur « loi ».

Second volet de la contre-attaque: par la voix de la mitterrandiste et ex-royaliste Dominique Bertinotti, ministre de la Famille, l’équipe Ayrault, déplaçant le curseur, a dit ou suggéré que toute mise en cause du projet de « mariage pour tous » avait pour conséquence de renforcer l’homophobie. Bref, opposants = homophobes, ou peu s’en faut.

Troisième partie de la contre-attaque: ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon exploite une lettre circulaire floue – et même ambiguë dans sa formulation – d’Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique, laissant entendre que, dans les établissements confessionnels, des débats allaient être organisés sur le projet de « mariage pour tous ». Le ministre, sèchement, rappelle alors tous les recteurs « à la retenue et à la stricte neutralité », soulignant que les établissements catholiques sont comme les autres placés sous sa responsabilité. Et peu importe que la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, ait plaidé en novembre dernier dans un collège du Loiret en faveur du « mariage pour tous ».

Quatrième temps de la contre-attaque (en cours, pas encore joué): le gouvernement, finalement, voudrait que le dossier explosif de la PMA (procréation médicalement assistée) et, plus encore, celui de la GPA (gestation pour autrui, autrement dit les « mères porteuses » pour les couples d’hommes souhaitant un enfant) soient traités à part, dans un projet de loi sur la famille qui serait soumis au Parlement à la fin du printemps et traiterait de la filiation.

 

Face à cela, les opposants – qui vont faire une démonstration de force le 13 janvier – se trouvent aujourd’hui, paradoxalement, dans une situation délicate.

1.    Le risque existe que, dans la rue, les ultras – notamment les minoritaires de «Civitas» – donnent le ton.

2.    Les opposants ne se sont pas mis d’accord sur ce qu’ils souhaitent, au-delà de leur « non », à la place du projet gouvernemental. Rien ? Ou un contrat d’union civile enrichi, renforcé ?

3.    La volonté de Jean-François Copé au nom de l’UMP de faire participer ses troupes en tant que telles aux cortèges du 13 ne fait pas l’unanimité dans les rangs de l’opposition. Les uns trouvent cela maladroit. D’autres pensent que ce n’est pas le rôle des élus de paraître se substituer, dans une sorte de « récupération tardive », au mouvement associatif. Quelques-uns, même s’ils sont troublés par le projet Hollande, s’inquiètent: à l’arrivée, la droite, comme dans l’affaire du Pacs, ne va-t-elle pas se retrouver demain en porte-à-faux vis-à-vis des plus jeunes, dans une posture qui serait jugée « réac »?

Impopulaire, François Hollande sait qu’il joue gros dans cette affaire du « mariage pour tous » auquel lui-même, initialement, ne croyait guère. Il n’y adhérait en tout cas qu’à reculons. Mais il s’est convaincu qu’il lui fallait, au minimum, ne pas perdre cette bataille-là. Ainsi le président vient-il d’approuver publiquement la mise en garde de Peillon à l’enseignement catholique. Pas question, en effet, d’offrir à la droite – par passivité – un succès « sociétal » et politique qui serait lourd de conséquences.

Publié par ddemontvalon / Catégories : Actu

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  • Vincent91

    Je ne partage pas forcément cette analyse : le mouvement anti mariage gay monte en puissance. Il suffit de se rendre sur les forums pour s'en convaincre. Même sur le site de Libé, je trouve davantage d'opposants que de partisans.
    Je pense au contraire que cette question est une épine dans le pied de François Hollande qui, tout en plaidant pour une sorte d'union sacrée dans le contexte économique que chacun connaît, peut être accusé de monter une France contre une autre, ce qui n'est pas très opportun dans la situation actuelle du pays.
    Je me suis d'ailleurs demandé si, en introduisant dans le débat en décembre les questions extrêmement polémiques de la PMA et de la GPA, le gouvernement n'avait pas tenté d'agiter un chiffon rouge qui ferait peur à ses propres élus, au point de les dissuader de voter cette loi. En final, la loi ne passerait pas, mais le gouvernement n'y serait - officiellement en tout cas - pour rien...

    • Pierrejournoud

      Montée en puissance, je ne le crois pas.. On est toujours plus motivé pour râler, protester ou manifester que pour approuver, surtout pour une chose dont on sait qu'elle se fera. Nous, les partisans (majoritaires), laissons les opposants rabâcher les mêmes arguments en boucle depuis des mois. Nous savons que nous avons partie gagnée.
      Remarquez que sur les forums (sur libération ou ailleurs), lorsque les partisans ont l'occasion de protester ou râler (quand l'article relate les prises de position d'andré 23 par exemple) on les voit alors redevenir majoritaires.
      Il n'y a aucun doute raisonnable là dessus: la loi sera votée. Le parlement est toujours fidèle au gouvernement, d'autant plus pour un texte important et médiatique. Sans compter que les parlementaires de gauche sont très, très favorables au texte, sans doute plus que le gouvernement, gouvernement qui ne pourrait accepter l'immense humiliation d'un échec en la matière. C'est fait, plié, réglé, ça se fera. Bonsoir à tous.

      • Olibat

        Voilà ce qui résume ma pensée et celle de tous ceux, hétérosexuels ou homosexuels, qui m'entourent.
        À quoi bon perdre son énergie dans un combat déjà gagné!

        • Corine_net

          Vous vouliez  plutôt  écrire : "un combat perdu d'avance " ?
           
          Triste de constater que des français ont déjà oublié que toutes les victoires de notre pays n'ont été possibles que grâce à l'énergie d'opposants  et de combattants courageux  qui jamais n'ont pensé que le combat était perdu d'avance  (...)

          Heureusement d'ailleurs, sans quoi....

          La victoire ne saura être juste et complète qu'après un référendum ! 

  • martin william

    le mariage homosexuel est un sujet de diversion qui doit durer le plus longtemps possible, pour ne pas parler du chômage qui explose, de la situation de la France qui se dirige progressivement vers la Grece le Portugal ou l'Espagne une union européenne qui nous appauvrie avec la dette les impots qui augmentent etc ...

  • Rima

    Pour dire que des extrémistes comme Civitas risquent de donner le ton, il ne faut pas avoir mis les pieds dans les manifs ... ou préparer la propagande gouvernemento-médiatique qui va se déclencher le 13 au soir.

  • Flo

    Je pense au contraire que le PS commence à donner d'inquiétants signes d'irritation et de fatigue. En effet, beaucoup de députés PS sont contre la PMA et encore plus contre la GPA. Par ailleurs, les poissons roses ont décidé de défiler le 13 janvier! Oui, de défiler contre la mariage pour tous (enfin des homosexuel).

  • René MAZZO

    Analyse qui n'en est pas une  ! Chacun des arguments se
    retourne comme un gant, et démontre la faiblesse de la position du gouvernement
    !
    1er volet: les 4 temps de la réaction du gouvernement peuvent se lire non pas
    comme une stratégie bien pensée et finement mise en œuvre, mais comme la preuve
    du désarroi de l'exécutif, et la révélation d’une mauvaise foi qui ne peut que
    renforcer la mobilisation du 13 janvier!

    2eme volet : 

    --les risques de débordement ou de provocations le 13
    janvier sont les risques inhérents à toute manifestation. J’étais dans la
    manifestation du 17 novembre, qui était très paisible . Toute provocation
    aurait paru très isolée. Ce devrait être le cas le 13 janvier.

    --Il n’y a pas à proposer un projet de remplacement  pour s’opposer de façon crédible à une loi
    qui n’apparaît prioritaire qu’à 7 % des français. Il suffit de dire non, comme
    on le ferait dans un référendum. Référendum qui d’ailleurs serait
    souhaitable ! Après le non du référendum de 1969, les projets de réforme
    du Sénat et de décentralisation avaient été abandonnés, tout simplement. De
    Gaulle en avait même tiré une forte conclusion , mais c’est une autre histoire.

    --La position  de
    l’UMP  ne pose aucun problème par rapport
    au sujet. Des partis de gauche, et même des membres du gouvernement ont
    participé en tant que tels à la manifestation ‘’pro-mariage gay’’ du 16
    décembre. C’est la gauche qui a ‘’politisé ‘’ 
    cette affaire, alors qu’avant la manifestation du 17 novembre, elle
    dénonçait la ‘’récupération politique’’ menée par l’UMP.

     

    L’argument  de la
    modernité (ou de la peur de paraître  ‘’réac’’ !) est un faux argument !
    Car on sait qu’il n’y a pas de sens de l’Histoire. Il suffit de rappeler ce que
    disait de Gaulle dans les années 60 sur la Russie ‘’qui boirait le communisme comme
    l’encre est bue par le buvard’’ et comment le côté ‘’réac’’ ou ‘’dinosaure’’ de
    de Gaulle  fut alors raillé par toute la
    gauche (et aussi par le centre !). Depuis la fin de Léningrad , on sait
    qui fut alors le vrai prophétiquement moderne !

    Beaucoup de gens ne se rallient au ‘’mariage gay’’ que par cette
    peur de ne pas ‘’paraître moderne’’ ou cette volonté de ‘’faire jeune’’!
    C’est visiblement le cas de François Hollande ! Peut-être aussi, me
    semble-t-il , de D. de Montvalon !

  • René MAZZO

    Mon texte ''sort''  bizarrement.Nouvel essai ci-dessous:

    Analyse qui n'en est pas une  ! Chacun des arguments se
    retourne comme un gant, et démontre la faiblesse de la position du gouvernement
    !
    1er volet: les 4 temps de la réaction du gouvernement peuvent se lire non pas
    comme une stratégie bien pensée et finement mise en œuvre, mais comme la preuve
    du désarroi de l'exécutif, et la révélation d’une mauvaise foi qui ne peut que
    renforcer la mobilisation du 13 janvier!

    2eme volet : 

    --les risques de débordement ou
    de provocations le 13 janvier sont les risques inhérents à toute manifestation.
    J’étais dans la manifestation du 17 novembre, qui était très paisible . Toute
    provocation aurait paru très isolée. Ce devrait être le cas le 13 janvier.

    --Il n’y a pas à proposer un
    projet de remplacement  pour s’opposer de
    façon crédible à une loi qui n’apparaît prioritaire qu’à 7 % des français. Il
    suffit de dire non, comme on le ferait dans un référendum. Référendum qui
    d’ailleurs serait souhaitable ! Après le non du référendum de 1969, les
    projets de réforme du Sénat et de décentralisation avaient été abandonnés, tout
    simplement. De Gaulle en avait même tiré une forte conclusion , mais c’est une
    autre histoire.

    --La position  de l’UMP 
    ne pose aucun problème par rapport au sujet. Des partis de gauche, et
    même des membres du gouvernement ont participé en tant que tels à la
    manifestation ‘’pro-mariage gay’’ du 16 décembre. C’est la gauche qui a
    ‘’politisé ‘’  cette affaire, alors
    qu’avant la manifestation du 17 novembre, elle dénonçait la ‘’récupération
    politique’’ menée par l’UMP.

    L’argument  de la modernité (ou de la peur de paraître  ‘’réac’’ !) est un faux argument !
    Car on sait qu’il n’y a pas de sens de l’Histoire. Il suffit de rappeler ce que
    disait de Gaulle dans les années 60 sur la Russie ‘’qui boirait le communisme comme
    l’encre est bue par le buvard’’ et comment le côté ‘’réac’’ ou ‘’dinosaure’’ de
    de Gaulle  fut alors raillé par toute la
    gauche (et aussi par le centre !). Depuis la fin de Léningrad , on sait
    qui fut alors le vrai prophétiquement moderne !

    Beaucoup de gens ne se rallient
    au ‘’mariage gay’’ que par cette peur de ne pas ‘’paraître moderne’’ ou
    cette volonté de ‘’faire jeune’’! C’est visiblement le cas de François
    Hollande ! Peut-être aussi, me semble-t-il , de D. de Montvalon !

  • Postman Paddy

    Réponse à Olibat : "à quoi bon perdre son énergie dans un combat déjà gagné" 
                                 Comme en 40 ?

  • bob

    Quand 69% des français souhaitent un référendum sur un sujet aussi polémique et lourd de conséquence, il faut vraiment être borné pour ne pas comprendre que le sujet ne devrait pas être considéré comme "plié", sauf à considérer que 30% des français se doivent parce qu'ils ont la "bonne parole" dicter leurs choix aux 70% restant,...

  • Jean-Pierre Selig

    La gauche se piège elle-même en soufflant sur les braises, voire même en y jetant de l'huile. Sous prétexte de "modernité"  ces "bien-pensants", prétendant détenir, et eux seuls, la vérité, ne font que scier la branche sur laquelle ils sont assis, les rideaux de fumée se dissipent très vite, et "ces gens là" comme le disait Brel, ont oublié que leurs concitoyens sont capables de réflexion et d'analyse.