Pas de panique (pour l'instant)

- C'est l'apocalypse! Le krach boursier! le retour de la grande crise! les bourses chutent! les banques chutent! la Chine chute! Le pétrole chute! l'économie mondiale est au bord du gouffre!

- Peut-être. Peut-être pas.

- Mais... le krach boursier!

- Il arrive effectivement que la chute des marchés boursiers préfigure une crise économique majeure. Il arrive aussi qu'une chute boursière n'ait aucune conséquence néfaste, comme en 1987; que ses conséquences soient cantonnées à quelques pays sans dommages pour le reste du monde, comme en 1998; Que les conséquences économiques soient une récession modérée, comme en 2001. Quel est le scénario qui nous attend cette fois-ci? Nous n'en savons encore rien.

- Mais tous les experts nous disent que c'est la grande crise qui arrive?

- Vous voulez parler des gens dont le métier est d'annoncer une grande crise tous les ans, pour plastronner sur les écrans lorsque leur prédiction se réalise? Si vous leur faites confiance, j'ai une montre en panne à vous vendre. Vous verrez, elle est super, deux fois par jour elle donne l'heure exacte.

- Et les banques alors? Elles chutent encore plus qu'en 2008! et tout le monde sait, vous y compris, que c'est cela qui a paralysé l'économie mondiale à l'époque!

- C'est vrai, les banques ont des difficultés. Mais ce n'est pas une si mauvaise nouvelle. Que n'a-t-on entendu depuis la crise, sur les banques "too big to fail" dont l'influence politique est trop grande, qui étouffent les politiques avec leur lobbying. Et bien, ce qui se passe, c'est que les banques sont en train d'être mises au pas, que la banque redevient une activité banale et ennuyeuse. Les évolutions de la réglementation les obligent à constituer plus de capitaux propres; elles accumulent les amendes et les plaintes; Et tout cela pèse sur leur rentabilité. donc sur leur cours boursier. Il y a des raisons légitimes de penser que tout cela est insuffisant; Mais il n'y a pas de raison d'être surpris. C'est une évolution saine, et il est bon que les investisseurs constatent que les banques sont risquées, et que les grandes banques abandonnent des activités qu'elles ne maîtrisent pas, comme la banque d'affaires.

Il serait bien sûr inquiétant d'observer des tensions sur les marchés monétaires; cela ne semble pas le cas pour l'instant.

- Et la Chine? C'est grave ce qui se passe en Chine! La bourse chute, l'économie se porte mal...

- La Chine n'est pas au mieux effectivement. Mais là encore : on s'est suffisamment plaint des déséquilibres que créait la Chine dans l'économie mondiale avec son excédent extérieur trop élevé. Son modèle de croissance fondé sur l'investissement était intenable, elle devait se focaliser sur la consommation intérieure, que les salaires devaient y augmenter, etc. Ce rééquilibrage arrive: il n'y a pas de raisons de s'en plaindre. Il est certain que la gestion de la situation économique par le gouvernement chinois pose des problèmes; que la Chine est une grande économie; que les pays qui y exportent beaucoup comme l'Allemagne pourraient en souffrir. Mais là aussi, les conséquences économiques devraient être assez limitées. Une récente étude a montré que de nombreux pans de l'économie américaine avaient souffert des échanges commerciaux avec la Chine; Il est probable qu'en Europe, la France et surtout l'Italie en aient souffert également. Au total donc, un ralentissement de l'économie chinoise n'a pas de raisons d'être si négatif. Et il présente l'avantage de faire baisser le prix des matières premières, en particulier celui du pétrole.

- Parlons-en du pétrole! les marchés sont très inquiets à cause de la baisse du prix du pétrole!

- Et vous ne devriez pas l'être. Effectivement, pour l'économie américaine, la baisse du prix du pétrole a des effets ambigus. D'un côté, cela bénéficie aux consommateurs sous la forme de prix des carburants plus bas; de l'autre, cela réduit l'investissement dans les pétroles non conventionnels et met en difficulté les investisseurs de ce secteur, comprimant la demande. Certains se demandent même qui va supporter ces pertes, si les dettes du secteur ont été titrisées et revendues sur les marchés. Mais il ne faut pas marcher sur la tête. Il est un peu absurde de déplorer une baisse du pétrole qui bénéficie aux consommateurs européens et pénalisent les pays de l'OPEP, la Russie, et l'Etat Islamique. Est-ce que l'économie mondiale se portait vraiment mieux lorsque le pétrole approchait les 200 dollars le baril, que les pays émergents accumulaient des excédents qui faisaient grimper les prix immobiliers dans les grandes villes du monde entier? La baisse du pétrole laisse une marge aux consommateurs, comme une baisse d'impôts, qui pourrait soutenir l'activité économique cette année.

- Vous le faites exprès, là.

- Il est possible de penser que les taux d'intérêt négatifs traduisent le désarroi des banques centrales incapables d'accomplir leurs missions; que les marchés obligataires préfigurent de longues années de stagnation économique; que les marchés financiers anticipent une crise qui ne se voit pas encore dans les statistiques macroéconomiques: pour l'instant celles-ci indiquent un ralentissement, des vents contraires, mais pas une récession. Mais il ne faut pas oublier que "tout est normal et va cahin-caha" ne fait jamais les gros titres; "tout va s'écrouler" a bien plus de succès. C'est la conséquence du biais pessimiste qui n'est pas une nouveauté. En attendant de savoir, vous feriez mieux d'arrêter d'écouter les nouvelles financières, et de reprendre une activité normale.

 

 

 

 

Publié par alexandre / Catégories : Actu

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