Désindustrialisation : de quoi avons nous vraiment besoin?

Un lecteur a réagi au post consacré au fétichisme sidérurgique en demandant "mais dans ce cas, on va réindustrialiser avec quoi alors"? Mais est-ce la bonne question à se poser?

Que voulons-nous?

 Si l'on demandait aux gens ce dont ils ont besoin, il est peu probable que la demande porte sur des biens matériels, ou des produits manufacturés. Un téléphone, un téléviseur de plus, sont secondaires par rapport au fait de pouvoir passer une retraite en bonne santé; la perspective d'emplois agréables et valorisants pour eux et leurs enfants. En France actuellement on ajouterait probablement la question du logement; mais s'il y a beaucoup de causes à la crise du logement nationale, la pénurie de poutrelles d'acier et autres matériaux de construction n'en fait pas franchement partie.

En somme, nous avons besoin avant tout de services. Le vieillissement de la population accroît le besoin de services pour les personnes âgées. Nous avons besoin d'être soignés, et de bénéficier d'un personnel suffisant dans les services de santé pour ne pas y être traité de manière inhumaine. Pour avoir un emploi agréable et valorisant, nous avons avant tout besoin d'éducation et de formation - un diplôme reste la meilleure protection contre le chômage et pour un meilleur salaire. Et cela tombe très bien : les emplois qui satisfont nos besoins sont aussi ceux que nous avons envie d'exercer. Les métiers de la santé et de l'éducation sont parmi les plus valorisés.

Il y a deux raisons supplémentaires de considérer que nos besoins supplémentaires vont vers plus de services et moins de ces produits manufacturés dont nous sommes saturés. La première est le coût environnemental de l'accumulation de biens matériels. La seconde, bien documentée par les psychologues, est le fait que nous avons tendance à surestimer la satisfaction que nous apportera l'achat d'une chose - et donc à être déçus.

L'emploi suit nos besoins

On a tendance à expliquer la diminution de la part de l'industrie dans l'activité totale par les délocalisations, le transfert de la production industrielle des pays riches vers les pays émergents. Mais cela n'est qu'un épiphénomène : comme l'indique une récente étude de McKinsey sur l'industrie, l'emploi diminue dans l'industrie au niveau mondial. La productivité manufacturière ne cesse d'augmenter, bien plus vite que la demande de produits manufacturés.

Le vrai problème de la "réindustrialisation" est celui-là : nous n'avons pas tant besoin de produits manufacturés supplémentaires que de services. Nous n'avons pas tellement envie d'aller travailler dans l'industrie, mais plutôt dans les services. Aucune politique industrielle ne pourra changer cette situation, et il n'est d'ailleurs pas souhaitable de la changer. L'industrie suit la route de l'agriculture, qui occupait les deux tiers de la population il y a 150 ans, et moins de 5% de celle-ci aujourd'hui, tout en produisant beaucoup plus.

Schizophrénie, ou sexisme?

Mais nous sommes complètement schizophrènes par rapport à cette évolution. D'un côté, nous consommons des services et souhaitons travailler dans les services et les professions intellectuelles; mais les disparitions d'emploi dans l'industrie sont systématiquement vues comme des catastrophes; et les créations d'emploi dans les secteurs des services qui correspondent réellement à nos aspirations sont vues avec suspicion. La hausse de notre consommation de soins de santé est inquiétante, elle creuse le trou de la sécurité sociale. L'augmentation du nombre de professeurs va augmenter les déficits publics.

On pourrait penser que le problème vient de ce que ces métiers de services dont nous avons besoin sont financés, en partie ou totalement, par la dépense publique. Mais cet argument ne résiste pas à l'examen : l'augmentation du nombre d'avocats, de juristes, de notaires, de coiffeurs, de vendeurs, d'assistants de direction, de gardes d'enfants, n'est pas franchement mieux perçue. Au mieux, on dit qu'il s'agit de métiers peu utiles, au pire, de "petits boulots". Une société ne peut pas vivre qu'avec des gardes d'enfants et des coiffeurs, dit-on; certes, pas plus qu'une société ne peut vivre en produisant exclusivement des lingots d'acier.

Une grille de lecture est plus pertinente : celle du sexisme. Les soi-disant "bons emplois" qui disparaissent sont immanquablement des emplois très largement masculins. Les "mauvais emplois" dont l'apparition est dénigrée sont systématiquement des emplois féminins. Cela vaut d'ailleurs aussi à l'intérieur des catégories "industrie" et "services". La disparition de l'emploi dans la production textile (très féminisée) s'est faite avec bien moins de vagues que dans l'automobile ou la métallurgie. La recherche et développement est bien plus valorisée que l'enseignement, le BTP bien plus "indispensable" que la garde d'enfants. La nostalgie industrielle est largement celle de la société patriarcale, dans laquelle l'homme ramène la pitance à la maison, et la femme est cantonnée à des activités subalternes.

A lire aussi

  • http://www.ouvre-boite.com Julien

    C'est pas un peu capilo tracté de finir sur le sexisme?

  • Jlarchitecte

    Il ya un truc angoissant à se dire qu’on puisse devenir un
    pays de nounous et d’aides aux personnes âgées. Ou pire, de banquiers. Je ne pense
    pas qu’on flippe parce qu’on créé trop d’emplois de géologues spatiaux pour analyser
    les résultats de curiosity. Où bien trop de gens qui concurrencent les
    ingénieurs de Google. Mais plutôt des tacherons ménagés certes utiles mais qui
    font des trucs qu’on pensait voir dévolu à des robots genre WALL E après l’an
    2000.

    Pour ce qui est du sexisme, des symboles de la désindustrialisation,
    on en a eu dans le textile, de bien médiatisés , avec des emplois féminins.
    Genre Lejaby. Ya même pas mal de bruit autour de la boite qui vend des
    chaussettes Made in France, hyper moches à un prix WTF.

    Sinon, la main d’œuvre de l’industrie ça a pas mal été des immigrés
    donc j’ai un peu envie de vous troller sur votre théorie industrie/service =hommes/femmes
    en introduisant un  immigrés/femmes  qui va vous donner du fil à retord.

  • Blini

    "La nostalgie industrielle est largement celle de la société patriarcale, dans laquelle l'homme ramène la pitance à la maison, et la femme est cantonnée à des activités subalternes."
    Nous avons un déficit de la balance des transactions courantes. On réindustrialise pour avoir de quoi exporter et équilibrer la balance des transactions courantes. Est-ce si compliqué ? 
    C'est bien beau de consommer des produits venants d'Allemagne, des pays de l'Est ou d'Asie mais avec quoi allez-vous payer tout ça ? 
    Le modèle où l'on consomme plus qu'on ne produit ne peut pas durer éternellement, les créanciers finissent par se lasser un jour. 

    Est-ce compliqué de comprendre que lorsqu'on parle de services, on parle aussi de services à l'industrie ? 

  • http://twitter.com/lumieredelune Marie-Aude Koiransky

    Bonjour

    c'est intéressant, mais je crois qu'il ne faut pas oublier que les services s'exportent difficilement. Nous avons "besoin de services" parce que nous avons aujourd'hui comblé nos besoins primaires.

    Tout ça s'entretient, se rénove, se maintient -> industrie.
    Les métiers de la santé, par exemple, s'appuient sur des technologies avancées, une industrie de pointe.   -> industrie

    Etc...

    Il est vrai que la disparition de la filière textile a fait moins de bruit que celle de la sidérurgie. Mais n'est ce pas plutôt parce que les grandes fermetures ont eu lieu avant la fin de la sidérurgie, et donc quand les régions industrielles n'étaient pas encore totalement sinistrées ? Et parce que, sexisme oblige, dans les revenus du ménage, le salaire de l'ouvrière était moins important que celui de l'ouvrier ?

    Je me souviens des fermetures en Lorraine, des dernières cheminées qu'on mettait à bas. Il n'y avait tout simplement plus rien, de vagues espoirs de re-création d'emploi via un soutien à l'essaimage qui s'est révélé une illusion. La Lorraine et le Nord ont mis des années à s'en relever partiellement.

    La réaction à la fin de la sidérurgie n'est elle pas liée aussi à ce traumatisme des années 80 ? Alors justement qu'elle se produit, comme en 81, au moment où un gouvernement socialiste revient au pouvoir ?

  • Guest

    Assimiler ça uniquement au sexisme est tout de même un peu réducteur. Je pense qu'on vit, en France dans une certaine nostalgie de la grandeur passée du pays (cf. les différentes modes vintage, citroen qui relance la 2CV etc.). une grandeur qui n'a aucune raison d'être mais il est difficile de la regretter. On peut le voir également dans les idées politiques. La notion de progrès est très largement remise en cause et l'essentiel des programmes politiques cherchent davantage à conserver les acquis d'hier plutot que de trouver de nouvelles idées.

    Pour résumer, on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on va gagner (if ever) donc on est contre. Et puis, du coté de Grandrange ou Florange, ils ne sont vraiment pas surs de pouvoir attirer quelque chose...

    • Morgane Altenmaier

      L'article est intéressant mais la conclusion un peu surprenante, le lien avec le patriarcat ne s'impose pas...La fabrication des  biens stratégiques relevant des technologies de l’information et de la communication,  hommes ou femmes ? patriarcat ou matriarcat ?

  • http://www.lalettrevolee.net/ edgar

    Très étonnant, surtout d'un enseignant en école militaire. Nous avons besoin d'exporter pour payer nos importations, comme l'écrit Blini. Ne pas le faire c'est se rendre dépendants de l'extérieur (je croyais naïvement que dans la défense on était sensibles à ça).
    Donc les tendances de long terme qui sont justement décrites (hausse de la productivité etc) existent mais touchent tout le monde de la même façon. Donc la question n'est pas de freiner la désindustrialisation pour le plaisir, mais de ne pas le faire plus vite que nos voisins.
    Que les images de Florange montrent plutôt des ouvriers masculins c'est un fait. De là à en déduire qu'il ne s'agit que de machisme lorsqu'on se soucie de l'activité du site, il y a un pas à côté duquel le fiscal cliff est une marche d'escalier.
    Lire un chapitre intéressant sur ce sujet dans le dernier bouquin de Ha-Joon Chang.
    Cordialement.

    • Alexandre Delaigue

      Le problème est celui d'une hiérarchie implicite des activités et des emplois. Je connais bien les arguments de Ha-Joon Chang mais ils ne vont pas à l'encontre du fait que les gains de productivité plus rapides que la demande de produits impliquent une baisse de l'emploi. 
      Le problème cité ici c'est qu'on fait de mauvaises politiques quand on les fonde sur des préjugés, et que l'idéologie pro-métallurgie et industrie lourde relève de cette catégorie : le préjugé.
      OK, on doit exporter pour payer les importations. Mais dans les économies développées, la valeur des exportations ne tient pas tant à la fabrication qu'à la quantité de services qui font monter la valeur des produits exportés. Ce sont des services qui confèrent leur prix de vente aux costumes de Savile Row et aux sacs Vuitton.

      • http://www.lalettrevolee.net/ edgar

        moui. le problème c'est que quand on a plus du tout d'une industrie particulière, on perd aussi tous les gentils services qui vont avec... derrière l'inquiétude pour la sidérurgie on peut aussi se dire qu'il y a une inquiétude pour l'automobile qui est en aval de cette filière "industrie lourde/métallurgie". Une réflexion de politique industrielle impose de se dire que moins on maîtrise de composantes de la VA globale d'une filière au sens large et plus on est dépendant.
        Par ailleurs, le problème que tu dénonces (hiérarchie implicite) existe en sens inverse et est probablement bien plus fort : j'ai rarement croisé des cadres parisiens rêvant d'innovations industrielles, des crétins qui se pameraient pour vendre de la mousse chez google ça court les rues en revanche... la capture de l'aide à la r&d par le numérique (http://www.usinenouvelle.com/article/louis-gallois-ii-n-y-a-pas-de-competitivite-sans-numerique.N187105#xtor=EPR-169) n'est certainement pas une invention machiste. et je crains que ce soit une erreur lourde...

  • http://profiles.google.com/jmfayard Jean-Michel FAYARD

    Diable, M. Delaigue qui a d'habitude un biais libéral et du fiel pour les écologistes est quasi-écolo aujourd'hui. Vous êtes pas facile à mettre dans une case  :)

  • Morbi56

    Conneries phénoménales  !

    Les services   ?  Ca signifie quoi   ?
    Les  Chinois, les indiens, les  "" autres"", quels qu'ils soient, sont-ils  "" INCAPABLES"" d'etre présents et très performants dans les   "" services"""   ?

    CHAQUE  jour, la  CHINE,  l'INDE, et tous ceux qu'on dit  "" pays émergeants"" nous montrent que c'est en produisant  des   RICHESSES     CONCRETES qu'on donne du travail à tous et de la sécurité à tous.

  • Lyseam

    La nostalgie de la production (ce que n'assure que bien peu une société de services, à moins de ne pouvoir exporter ceux-ci ou à moins  plutôt de ne recevoir l'externalisation ou délocalisation de certains services d'autres pays sur notre territoire, ce qui est loin d'être le cas-ce serait même plutôt l'opposé...-) n'a rien avoir avec le sexisme mais seulement avec le pragmatisme.

    Le gros BTP ou les centrales EDF(ou autres)  à l'étranger  remplissent surtout les poches de quelques uns mais pas tant celles des travailleurs potentiels (et chômeurs effectifs!) en France.
    Ce n'est pas à stopper mais ce n'est pas un apport réel ou suffisant.

    Il paraît irréaliste de financer les aspects sociaux publics d'un pays (éducation/recherche indépendante-hum hum-/santé/juridique/etc ...) ou les services internes privés divers (juridique/soins/ distribution commerciale/BTP....etc ..) en n'ayant un échange avec les autres pays  seulement basé sur du tourisme venant de l'étranger.

    Quant à rêver d'un pays où la production ne serait que purement intellectuelle et s'exporterait contre pécule (centres de recherche pour industries, laboratoires etc ...) et que ce pays, le nôtre, aurait une quelconque supériorité intrinsèque avec laquelle ne peuvent rivaliser les autres pays (ben tiens !), on sait très bien de nos jours que c'est idiot (et stupidement vaniteux) et que l'on se fera rouler très vite dans la farine. Sans compter les sociétés  prêtes à brader "notre" savoir-faire contre un peu d'espèces sonnantes et trébuchantes immédiates.

    Même si une re-industrialisation n'apportera pas autant d'emplois qu'il y a 100 ans (Oh !
    surprise !), c'est pourtant un ré-équilibrage en faveur du secteur secondaire qui est à souhaiter.

    Cela dit je n'ai pas la solution ! Mais l'une des chaînes, TF1 ou FRANCE2, (Désolée !!)  a présenté dernièrement une piste sur la production (secteurs du primaire et du secondaire) où les revenus des actionnaires et des supérieurs hiérarchiques restaient raisonnables et permettaient une pérennité de l'activité et donc des emplois.

    En remarque finale, la stabilité et l'autonomie financières de la population féminine étaient bien plus grandes il y a 20 ans et plus  que maintenant : la précarisation et le temps partiel touchent en premier les femmes et n'oublions pas que le taux de chômage tait bien évidemment le taux de femmes au foyer (qui lui est directement corrélé au taux de naissances ...) Alors le sexisme dans tout ça n'est peut être pas là où vous le voyez -et, à ce propos, relisez votre sous-titre....:-) !

    • Lyseam

      à voir.rhôô

  • Yves Jubault

    C'est très surprenant de la part de quelqu'un qui enseigne l'économie.
    A moins de croire encore aux sornettes marxistes, on peut difficilement croire qu'il suffit de produire ce dont nous avons besoin.
    Les services ne créent que de la valeur ajoutée "volatile" c'est à dire qu'elle n'est que temporaire et disparaît dès que le service est consommé.
    La production de "biens" comme son nom l'indique crée de la valeur ajoutée "durable" l'acheteur possède l'équivalent en bien de ce qu'il a payé. Et bien souvent cette valeur ajoutée permet elle-même de produire de la valeur ajoutée.
    N'oublions pas que c'est ce qui a fait la force et la richesse du monde occidental.
    L'erreur qui a été commise en France a été justement de croire que services et biens se valaient.
    Les pays asiatiques et l'Allemagne ne s'y sont pas trompés.
    Avant de produire des services il faut se donner les moyens de produire des richesses pour payer ces services.

  • Jean

    Bonjour,
    Votre post est très intéressant. Il appelle débat cependant.L'industrie n'est pas morte, elle contribue très significativement à la richesse de l'Allemagne, mais aussi de l'Italie (Enjeux les Echos de nov. 2012), ou encore des Etats-Unis et du Japon.L'industrie sidérurgique en particulier, je n'y connais rien. Le Schumpeterien qui sommeille en moi a l'intuition qu'il ne faut pas s'acharner à sauver un secteur condamné. S'il l'est effectivement.Mais la France a laissé tombé une bonne partie de son industrie, et sa capacité exportatrice. En effet les emplois de service s'exportent bien moins, alors il faut acheter le reste (pétrole, bagnoles, iPhone) aux autres. En revanche, ATTENTION les services se délocalisent aussi, et de plus en plus. Nos SSII embauchent à tour de bras en Inde (anglais + diplômes de haut niveau), tandis que les banques et assureurs délocalisent discrètement vers le Maroc ou l'Ile Maurice (francophonie + fuseaux horaires). C'est un phénomène discret, souterrain, mais de très grande importance. Et maintenant, même la santé se délocalise partiellement, avec les soins dentaires ou esthétiques off-shore.Oui, nous français n'avons pas besoin de plus de produits manufacturés que nous n'avons déjà, mais nous avons un p... de besoin d'en faire et d'en vendre aux autres ! Stratégie "machines-outils" à l'allemande, mode et design à l'italienne, high-tech à la coréenne, peu importe, la France a besoin d'exporter (et on exporte plus de biens que de service) pour rééquilibrer sa balance commerciale et éviter la disparition (économique), maintenant que nous n'avons plus notre faculté de "dévaluation compétitive". Jean

  • Via

    @65796964a70e4c60fe9e639f36d81aa2:disqus  "Les services ne créent que de la valeur ajoutée "volatile" c'est à dire
    qu'elle n'est que temporaire et disparaît dès que le service est
    consommé."

    => Ah, donc la valeur du service produit par le prof sur l'élève disparaît, autrement dit l'éducation ne sert à rien ? Content de l'apprendre.

    "La production de "biens" comme son nom l'indique crée de la
    valeur ajoutée "durable" l'acheteur possède l'équivalent en bien de ce
    qu'il a payé. Et bien souvent cette valeur ajoutée permet elle-même de
    produire de la valeur ajoutée."

    => C'est sûr, un pot de yaourt a une utilité durable et permet de produire moult valeur ajoutée.

  • Juni Palacio

    Débat biaisé parce que les contours et les contenus des concepts ne sont pas clairement définis. La frontière entre l'industrie et les services est de plus en plus floue. Il est nécessaire aujourd'hui  de remettre en cause cette classification. Quel rapport entre l'informaticien qui travaille pour airbus et une femme de ménage ? 
    Alexandre Delaigne avance des arguments pertinents mais il ne doit pas oublier que trop de virtuosité tue la virtuosité. 
    Pour ma part, je m'inquiète beaucoup moins de la disparition d'emplois industriels que celle de l'industrie tout court. 

  • Michel Lavite

    La sidérurgie dans son ensemble n'est pas condamnée à disparaître de France. Les produits qui sont menacés sont ceux qui ne sont pas "différenciés" , à savoir la fonte et l'acier "liquides" qui partut dans le monde sont produits dans de grandes usines côtières comme celles de Dunkerque ou de Fos (et non plus à l'intérieur des terres comme en Lorraine) 
    Les tôles minces pour emboutissage produites à Florange, elles, sont "différenciées" et ont un avenir, surtout si alimentées en brames produites par la filière chaude de Dunkerque. Elles ont également l'avantage d'être au coeur du marché automobile européen, l'Allemagne. 
    N'oublions pas que la sidérurgie lorraine a démarré sur place du fait de la présence conjointe de minerai de fer ( exploitation arrêtée depuis 25 ans) et de charbon ( exploitation également arrêtée depuis longtemps) ....donc maintenir la filière chaude sur place contre vents et marées est un contre sens économique... il vaut bien mieux continuer à développer la filière froide ( les tôles minces) que d' engloutir des subsides dans le tonneau des Danaïdes de la filière chaude lorraine...
    Je connais un tout petit peu le sujet pour avoir travaillé dans ce secteur de longues années et y être encore à ce jour... 
    Quant aux marchands d'illusions qui pensent qu'il vaut mieux se concentrer exclusivement sur la production de services... je préfère ne pas commenter, par charité... 
    Michel Lavite 

  • Fab

    L'industrie emploie des hommes, peu qualifiés, auquel elle offre une sorte de "porte de sortie", une alternative à la rue et à la délinquance. L'esprit de corps, le syndicalisme, les cadres imposés du travail à l'usine permettent quant à eux de recréer un lien social intergénérationnel et "inter-ethnique", ce qui nous manque aujourd'hui cruellement (je pense qu'on est tous d'accord là -dessus). L'industrie a donc UN RÔLE SOCIAL important.

    De mon point de vue d'ingénieur en développement agricole, on se retrouve dans la même situation que ces pays du sud qui ont accepté dans les années 80-90 de libéraliser à outrance et ainsi de détruire leur secteur agricole car ils croyaient que l'industrie serait leur futur. Le résultat a été un exode rural massif et la CRÉATION DE BIDONVILLES dont on ne sait plus trop quoi faire... et toujours pas d'industrie.

    Tandis que les pays qui ont protégé leur industrie et leur agriculture pour effectuer une transition en douceur ont mieux réussi.

    Je ne pense pas que l'on puisse laisser des forces économiques incontrôlées diriger notre pays sans réflexion sur les conséquences sociales des bouleversement à l’œuvre. Ou alors on fait les APPRENTIS SORCIERS bien calés dans notre siège d'intellectuel/politique/rentier/CSP++ et on compte les points.

    Autrement dit: sans industrie, qu'est-ce qu'on fait des bataillons de jeunes hommes non diplômés, et relativement inaptes aux secteurs des services (comparé aux femmes, comparé aux hommes mieux formés)?

    Et bien je vous le donne en mille: on en fait rien! Ah si, des VENDEURS DE CANNABIS installés dans des banlieues de plus en plus inaccessibles à l'Etat.

    • Alexandre Delaigue

      Le rôle social que vous décrivez mériterait d'être nuancé. Mais surtout, il ne vaut que pour la partie masculine de la population, comme d'ailleurs votre argumentation l'indique. Il correspond à un modèle de société dans lequel les hommes travaillent et les femmes restent à la maison, ou sont occupées dans des emplois subalternes. Il suffit d'ailleurs de comparer la socialisation des femmes dans l'industrie pour le constater. Vous apportez de l'eau à mon moulin! qu'ensuite, le travail des femmes ait des conséquences sociales qu'on peut trouver dommageables (notamment l'augmentation des divorces, parce qu'elles dépendent moins du revenu masculin) soit, mais dans ce cas disons le franchement.

      • Fab

        Nous sommes d'accord, une société reposant essentiellement sur le secteur tertiaire favorise les femmes (et je crois que l'on commence à voir cette tendance s'affirmer dans les statistiques depuis 2008). Et après des années de domination masculine, pourquoi pas après tout! Que les divorces augmentent c'est le cadet de mes soucis!

        Mais s'il vous plaît ne m'accusez pas de sexisme!! Assez de sophismes! Je voulais juste dire qu'une société avec une forte proportion d'hommes déconsidérés et sans emplois est une société violente. Et qu'une société violente est mauvaise pour tout le monde.

        Au contraire, on peut même dire que je suis misandre, car j'affirme que dans nos sociétés, les hommes ont besoin d'un emploi pour ne pas laisser libre cours à leurs penchants violents...

        J'espère que vous m'aurez mieux compris, car je suis globalement en accord avec votre post. Je voudrais juste souligner que l'on sous-estime/oublie complètement certains aspects sociaux des politiques économiques. Le parallèle avec les pays du sud me saute aux yeux, moi qui les connaît un peu.

      • FFB

        La remarque de Fab me semble tout de même assez pertinente, dans le sens où, si j'ai bien compris :
        - la théorie économique nous pousse (globalement à raison) à laisser partir les emplois peu qualifiés, et à former la main-d'oeuvre ainsi libérée des tâches ingrates pour qu'elle puisse s'atteler à des tâches plus utiles à la société et plus valorisantes
        - seulement, toute la main-d'oeuvre "libérée" n'a pas forcément le niveau pour se former à des métiers de services. Ca ne touche pas que le niveau d'études, le point le plus gênant est souvent le relationnel (le sens de la relation client nécessaire dans la plupart des services est souvent très difficile à inculquer à ceux qui ne l'ont jamais pratiqué, que ce soit un métallo ou un jeune de cité)
        - du coup, que fait-on de ces personnes ? Est-ce vraiment plus rentable (d'un point de vue économique et sociétal) de payer un chinois pour fabriquer un t-shirt et de payer un chômeur en France, que de payer un français à fabriquer un t-shirt ?

        Le problème dans ce cas est bien un problème de société (que faire des moins qualifiés, pour éviter qu'ils ne tournent mal), parce que d'un point de vue économique, je suis 100% d'accord avec vous. Ca fait déjà un moment que je ne vois plus trop quels bien matériels je pourrais acheter de plus, sauf mon logement (tout de même) et des gadgets inutiles, et que je préfère dépenser mon salaire en services (voyages, hôtels...)

  • Coriolan

    Question : est-ce
    que ce fétichisme industriel ne s’expliquerait pas aussi par une mauvaise compréhension de la répartition de la valeur ajoutée d’un bien ?

    Quand Peugeot
    exporte une voiture fabriquée en France, c’est considéré comme une exportation
    de bien. Pourtant une bonne partie de la valeur ajoutée correspond à des
    services (conception ,design…)

    Dit autrement :

    Est-ce donc si
    grave que la fabrication d’une voiture ait lieu dans un autre pays, si  les activités de service (à plus haute valeur
    ajoutée) sont en France ?

    Quel pays bénéficie le
    plus des ventes d’IPhone : la Chine qui les fabrique, ou les US qui les
    conçoivent ?

    La principauté de
    Monaco n’a aucune activité industrielle et un déficit commercial abyssal ;
    sont-ils à plaindre ?

  • Logopathe

    L'étude de McKinsey établit-elle réellement que l'emploi industriel baisse à l'échelle mondiale? Sur la page que vous mettez en lien, et qui présente le rapport, il semble que le contraire soit dit; et le tableau sur lequel on voit un recul de l'emploi dans l'industrie concerne les pays développés.

    Ce rapport du BIT (tableau page 20) semble établir un début de retournement de tendance (une baisse) aux alentours de 2008, de fait. Mais il faudrait peut-être voir des chiffres plus récents pour être sûr que ce n'est pas un effet conjoncturel.

    A terme, je comprends bien que votre logique est la bonne: la part de l'industrie dans l'emploi a immanquablement vocation à diminuer. Que ce soit déjà le cas n'est pas absolument évident.

    Vu les réponses, vous avez du pain sur la planche.

    Sinon, il y a tout de même un argument qualitatif des "pro industrie" qui ne me semble pas trouver de réponse ici: c'est celui qui consiste à dire qu'en définitive, les innovations risquent de se faire à terme là où les objets se fabriquent, là où les gestes se font. Intuitivement, ça ne me paraît pas invraisemblable.

  • Laurenzo

    Bref, 35 millions de prof d'Eco, quoi... Super, une société uniquement de services... sauf qu'elle sera totalement dépendante de biens matériels produits ailleurs. L'informatique, les services à la personne, sont déjà saturés! Je reviens du salon des services à la personne justement, tous les intervenants soulignent le manque de postes.  Normal, on se retrouve avec des Bac + 5 à qui on demande de savoir parler anglais, d'avoir des compétences dans l'accueil des enfants, d'avoir des connaissances en matière de santé, de psychologie, et que l'on rémunère entre 10 et 12 euros bruts...

  • http://www.facebook.com/kantin.gilbert Kantin Gilbert

    Oui sur votre analyse  mais les services précités, ceux qui emploient le plus de salariés, ne sont pas exportables : santé et éducation. On pourrait imaginer que le déficit commercial soit réduit par l'arrivée de clients venus s'éduquer ou se soigner en France, mais à quelques exceptions près, le service est gratuit, ou bien les factures ne sont jamais recouvrées.
    La carte a jouer pour notre pays est celle des industries qui relèvent de l'innovation et de la haute technologie (relais de l'éducation) et celle de l'énergie, qui plombe dramatiquement la balance commerciale.

  • http://twitter.com/lnk75 lnk

    OK supposons qu'effectivement l'emploi industriel recule au niveau mondial (et sans doute encore plus dans les "vieux" pays développés que dans les pays émergents). La question est surtout de savoir si c'est un avantage ou un inconvénient pour l'économie française que l'emploi industriel recule plus vite que dans des pays comparables. Autrement dit : sommes-nous en avance sur l'Allemagne dans une évolution inéluctable et d'ailleurs bénéfique, et à laquelle tout le monde doit s'adapter, ou bien est-ce un déséquilibre? 

    Une remarque cependant : vous vous placez ici entièrement du point de vue du consommateur final. Mais les entreprises de services utilisent des équipements qui sont des produits industriels (notamment, mais pas seulement, les transports : la plupart d'entre nous n'achètent pas d'avions, mais il faut bien que des avions soient produits pour que nous puissions utiliser les services des transporteurs aériens ; et on n'est pas mécontents d'avoir Airbus en Europe plutôt qu'en Chine).

    Sinon entièrement d'accord avec vous sur la différence de réaction face aux destructions d'emplois masculin et féminin.

  • Bof

    "La hausse de notre consommation de soins de santé est inquiétante, elle creuse le trou de la sécurité sociale. L'augmentation du nombre de professeurs va augmenter les déficits publics.On pourrait penser que le problème vient de ce que ces métiers de services dont nous avons besoin sont financés, en partie ou totalement, par la dépense publique."

    La dépense publique : laquelle est financée par?

    La suite SVP.

  • Billups

    En tout cas, sur Rue89, Alexandre Delaigue donne un interview sur le même sujet et on peut dire qu'il s'est fait pleins de potes sur le fil de commentaires :) 

  • Inge78 Fr

    Cet article est edifiant.
    Il n'est base sur aucune argumentation rationnelle.
    SVP, tenez-vous en a des faits et non a une argumentation sociologiques a 2 balles.
    (Veuillez laissez la sociologie aux sociologues, la psychologie aux psychologues... Et peut etre bien aussi, l'economie aux economistes!)

    Fait numero 1:
    La part des biens manufactures dans le commerce mondial represente pres de 70%.
    A l'inverse les services ne representent que 20%
    Le reste est constitue par le secteur primaire (combustibles, minerais, agriculture)
    Source OMC:
    http://www.wto.org/french/res_f/statis_f/its2011_f/its11_toc_f.htm

    Fait numero 2:
    La crise financiere a touche principalement les pays les plus "tertiarises".
    C'est vrai au niveau mondial. (Islande, Grande-Bretagne, USA).
    C'est egalement vrai au niveau europeen.
    Cela apparait encore plus au sein de la zone Euro, ou la variable d'ajustement monetaire ne permet pas de masquer l'ampleur des desequilibres commerciaux en procedant a des devaluations.
    .
    L'Allemagne est cite souvent en exemple, la Grece en contre-exemple.
    N'importe quel economiste serieux vous expliquera qu'il est beaucoup plus difficile de resoudre une crise des finances publiques, lorsqu'elle s'accompagne d'une balance commerciale fortement deficitaire.

    Fait numero 3:
    La Chine pratique une politique publique de soutient actif a son industrie, et d'acquisition de competences technologiques..
    De nombreux pays ont pratique ceci dans leur histoire.
    (Colbertisme, Gaullisme, Japon a la fin du 19ieme siecle).

    CONCLUSION:
    Je partage votre analyse sur le besoin d'avocats, de professeurs, de medecin, de fonctionnaires, etc. Ces professions sont necessaires.
    Mais:
    Premierement:
    Ces professions sont largement mieux payees que dans l'industrie contrairement a ce que vous pretendez, a qualification equivalente.
    Elles ne sont pas soumises a la concurrence internationale, et a la pression des pays emergeants. (Ces services s'exportent peu, voir pas du tout)
    Deuxiemement:
    Pour les financer, et financer l'economie Francaise et Europeenne il faut faire rentrer des devises.
    (Je vous passe les explications sur la necessite pour la France et l'Europe d'acquitter sa facture energetique notamment. Je vous invite pour cela a consulter divers manuels de base de macro-economie).

  • Gilbert Gosseyn

    Comme le commentaires précédent je remarque que le problème de la BALANCE COMMERCIALE  n'est pas évoqué (et également la dépendance énergétique).

    Certes le secondaire va décliner (sauf le BTP si on se lance enfin dans les chantiers d'isolation de l'existant), mais le SECTEUR PRIMAIRE en termes d'emploi reprendra des couleurs quand on se rendra compte de la contre-productivité de l'utilisation l'utilisation de pesticide, des grandes surfaces mono-culture... et que le déclin énergétique rendra la motorisation moins rentable.