Django Unchained : BD ou DVD ?

"Django Unchained" de Quentin Tarantino est sorti au cinéma l'an dernier. Aujourd'hui l'adaptation en bande-dessinée est publiée chez "Urban Comics". Alors Comics ou DVD, lequel choisir ? Avant de comparer les deux, il n'est pas inutile de rappeler l'histoire : en 1858, deux ans avant la guerre de sécession, le chasseur de primes King Schultz rachète l'esclave Django. Il lui propose un marché : s'il l'aide à capturer les frères Brittle, il sera libre. Django se retrouve affranchi et s'associe à Schultz pour devenir chasseur de primes à son tour. Mais il a un objectif bien personnel : retrouver sa femme Brunhilde, capturée en même temps que lui, et devenue la propriété d'un esclavagiste du Mississipi, "Monsieur Candie".

Quentin Tarantino le dit lui-même dans l'avant-propos de l'ouvrage : "Si mes scripts n'étaient pas coupés, mes films dureraient quatre heures !" Malgré les 2h40 du film, certains passages du script original de "Django" n'apparaissaient donc pas dans le film. On les retrouve dans la Bande-Dessinée. Principal ajout : le destin de Brunhilde est longuement évoquée. Entre le moment où elle a été capturée et le moment où Django va la sauver, on découvre quel a été son parcours et comment elle s'est retrouvée aux mains de "Monsieur Candie". Cela n'apporte pas grand chose au déroulement de l'intrigue principale, si ce n'est que l'histoire cruelle et ironique (du Tarentino, quoi) rend le personnage de "Monsieur Candie" encore plus détestable.

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Quelques scènes existantes sont aussi plus développées que sur le grand écran. Quelques interractions entre les personnages plus fouillées. Chez "Monsieur Candie", un vieux majordome noir règne en tyran sur les esclaves de la maison. Plus raciste que son maître lui-même, il supporte mal de voir Django, ce ""nègre à cheval" - à l'époque dans certains états, les noirs n'ont pas le droit de monter à cheval - dormir dans la maison de son maître. Dans le film, le majordome manifeste une colère froide vis-à-vis de Django. Dans le livre les deux hommes en viennent carrément aux mains... la tension est encore plus forte...

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Autre particularité marquante de la Bande-Dessinée : j'y ai trouvé l'humour beaucoup moins prononcé que dans le film. Là où Christoph Waltz campe un chasseur de primes plutôt réjouissant, le personnage dessiné apparaît beaucoup plus froid. Il n'a pas l'oeil pétillant du comédien. Même impression au début de l'aventure lorsque les deux protagonistes vont traquer les frères Brittle sur les terres d'un esclavagiste nommé Big Daddy. Interprété par Don Johnson dans le film, c'est un personnage plus ridicule que réellement effrayant. Sur le papier, c'est un personnage vraiment flippant.

En résumé, la bande-dessinée offre une histoire plus riche que le film, je trouve qu'elle est aussi beaucoup plus sombre. Les fans de l'humour noir de Quarantino seront peut-être moins convaincus par le film que la BD mais ils y gagneront un western sombre, implacable.

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"Django Unchained" - Quentin Tarentino / R.M. Guéra / Jason Latour - Chez Urban Comics. 258 pages. 22 €.

Mafalda fête ses 50 ans au FIBD d'Angoulême

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© Joaquín S. Lavado (Quino) / Agence Littéraire Caminito

La petite Mafalda a 50 ans. Cette année, le festival d’Angoulême va lui rendre hommage ainsi qu’à son créateur, l'argentin Quino. Le style graphique, le format, la bande d’enfant qui porte un regard amusé sur le monde des adultes : tout cela rappelle « Charlie Brown » apparu en 1950. Pourtant entre l’Amérique de Charlie Brown et l’Argentine de Mafalda, il y a tout un monde.

Les premiers strips dessinés par Quino sont publiés en janvier 1964. Deux ans plus tard en 1966, un coup d’état militaire porte au pouvoir le général Ongania. Jusqu’en 1973, c’est un régime bureaucratique et autoritaire qui se met en place à Buenos Aires. Moralisation de la société, censure, répression anti-communiste. C’est durant cette période que Quino dessine Mafalda et distille une critique de la société à travers ses gags. Chaque personnage symbolise un aspect de la société argentine : Mafalda se sent très concernée par les problèmes politiques et économiques qui frappent son pays. Elle critique le monde des adultes, et la gestion du monde par les adultes. Son copain Manolito veut reprendre l’épicerie familiale pour en faire une multinationale. C’est le capitaliste de la bande. La petite « liberté » porte dans son discours (ou plutôt celui de ses parents, qu’elle répète) les valeurs de l’extrême-gauche argentine, elle est l’incarnation des classes pauvres de son pays.

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© Joaquín S. Lavado (Quino) / Agence Littéraire Caminito

Aujourd’hui dans son pays d’origine, Mafalda est l’emblême de la résistance à la dictature : elle a échappé à la censure pendant les 10 années de sa publication (son éditeur Julián Delgado est mort sous la torture). La légende dit qu’il y a un album de Mafalda dans chaque famille argentine. Même si Quino n'a pas dessiné de nouvelles aventures depuis 1973, les réflexions éclairées de la petite fille ont traversé les frontières et continuent à rencontrer le succès. Connue dans le monde entier, elle a eu droit à une adaptation en dessin-animé. L’intégrale est rééditée chez Glénat pour les 50 ans.

A voir, à lire…

Exposition Mafalda / Quino au 41ème Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême, du 30/01 au 02/02.

Intégrale Mafalda 50 ans – 576 pages, Editions Glenat – 28,50€

Les mystères de Blake et Mortimer

Alors que sort aujourd'hui le 22ème album de Blake et Mortimer, "L'onde Septimus", retour sur quelques petits mystères qui entourent les aventures des deux anglais les plus célèbres de la BD, créés par Edgar P. Jacobs. 

Le Secret de l'Espadon, tome 1 (1950)

secret tome 1Lisez, relisez-bien "Le Secret de l'Espadon". Oui oui, il n'y a absolument AUCUNE femme dessinée dans cette histoire. Pas une. Non pas que E.P.Jacobs soit misogyne. Mais c'était une demande expresse de l'éditeur en 1950. Le journal de Tintin était destiné au (jeune) public masculin. Hors de question d'y faire apparaître une "créature" qui aurait pu donner des idées aux adolescents.

Avec ses nombreux jeux d'ombres, "Le Secret de l'Espadon" est le seul album de la série qui ne relève pas de la fameuse "ligne claire" imaginée par Hergé et dont la règle était de supprimer justement toutes les ombres dessinées habituellement à l'encre noire.

Le Secret de l'Espadon, tome 2 (1953)

9782870970041_1_75En 2006, Ted Benoit - l'un des dessinateurs qui a repris les aventures de "Blake et Mortimer" - a proposé à l'éditeur Dargaud une suite au "Secret de l'Espadon".

L'album se serait appelé "Résurrection". Le projet fut finalement refusé. On peut voir un crayonné de la couverture sur le blog consacré à Ted Benoit, ici

Le Mystère de la Grande Pyramide (1954)

Le cartouche égyptien, en bas à droite de la couverture du tome 1 n'est autre que le nom "Jacobs" traduit en hiéroglyphes.

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La Marque Jaune (1956)

marquejauneLes 6 premières aventures de Blake et Mortimer dont "La Marque Jaune" firent l'objet d'adaptions radiophoniques de 1955 à 1961 reprises par la suite en disques 33 tours.

Le M,marque qui est en fait la lettre grecque Mu, n'est pas sans rappeler "M le maudit", de Fritz Lang. Une vignette rend même hommage au film.

 

SOS Météores (1959)

sos meteoresEn regardant attentivement la case tout en haut de la page 56, vous reconnaîtrez dans la foule des passants Charles Trenet, en costume vert, tenant une fleur à la main.

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Le Piège Diabolique (1962)

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Le Piège diabolique fut censuré en France lors de sa sortie en 1962, « en raison des nombreuses violences qu'il comporte et de la hideur des images illustrant ce récit d'anticipation ».

L'Affaire du Collier (1967)

Dans cet intrigue purement policière, la science-fiction et le fantastique sont totalement bannis. C'est une réponse aux nombreuses critiques que Jacobs avaient subies lors de la parution du "Piège Diabolique" : trop intello, en résumé. Déçu, l'auteur décide cette fois d'imaginer une histoire plus simple, sans arrière-plan philosophique.

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L'Onde Septimus (2013)

septimeC'est donc la nouvelle aventure de Blake et Mortimer. Il s'agit de la suite de "La Marque Jaune" et chronologiquement l'histoire s'achève avant "L'Affaire Francis Blake". Qu'est devenu Olrik, alias Guinea Pig, libéré de l'onge mega du professeur septimus ? Quels secrets cachent encore les recherches du savant qui voulait contrôler les esprits ?

A suivre...

L'oncle Paul est de retour

1972-1975"Les belles histoires de l'oncle Paul" font partie de ces BD pour enfants qui sont devenues des bandes-dessinées pour les adultes avec le temps. On n'imaginerait même plus les mettre entre les mains des jeunes lecteurs d'aujourd'hui. Il suffit de se plonger dans le sommaire de l'intégrale qui vient de paraître pour comprendre : "La comtesse de Montfort", "L'épopée de Trafalgar", la jeunesse de Thomas Edison, l'origine du "Coup de Jarnac", un portrait de Raoul Wallenberg (Juste parmi les nations), Catarina  Segurana (figure historique de la ville de Nice) : au total 37 récits de trois à quatre pages dessinés par Jean Graton (le créateur de Michel Vaillant) qui feraient fuir en courant les fans de Titeuf ou des Nombrils.

Remontons donc le temps pour nous retrouver à la Rédaction de Spirou dans les années 50. Chaque semaine, l'Oncle Paul et ses deux neveux Arthur et Fred donnent rendez-vous au jeune lecteur pour lui raconter sur quelques pages une anecdote historique, héroïque ou scientifique, sur un ton résolument édifiant. Par exemple "Le mystère de la Mary-Céleste" commence avec cette réplique de l'Oncle Paul : " Le mensonge dégrade l'homme et la vérité finit toujours par se savoir ! Même pour la "Mary-Celeste". Pendant un demi-siècle, ce mystérieux bateau passionna le monde entier jusqu'au jour où... mais attendez que je me rappelle. Toute l'énigme commença..." et tout l'album est sur ce ton là ! Aussi moralisateur que cela puisse nous paraître aujourd'hui, à l'époque les jeunes lecteurs adorent et en redemandent. La série sera publiée jusqu'en 1982. Pirates, inventeurs, soldats, chasseurs de trésors, figures historiques sont les héros de ces histoires qui sont censées apporter un sens moral et civique aux enfants.

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Alors passé l'effet nostalgie, faut-il se replonger dans ces bd qui ont quand même 60 ans ? Bonne surprise : la pagination très réduite pour chacune des histoires donne au récit un rythme assez soutenu et moderne du coup on ne s'ennuie pas. Si les dialogues sont parfois un peu trop littéraires, ils ne nuisent pas à la fluidité du récit. Pour l'auteur, le dessin représente d'ailleurs un sacré défi : comme il y a beaucoup à raconter, sur une seule planche on compte jusqu'à 15 cases, c'est exceptionnel.  A chaque histoire, Graton a effectué un travail documentaire remarquable. Le dessin est d'une précision extrême dès qu'il s'attaque à des véhicules militaires, des costumes d'époque... le côté moralisateur de la série, prenez-le avec le sourire. En vous replongeant dans "les belles histoires de l'Oncle Paul", vous ne serrez pas déçus.

Et voici, ci-dessous, les trois premières planches de l'histoire "Echec au feu du ciel" parue en 1951 ( Tiré de "Les belles histoires de l'oncle Paul par Jean Graton" © Dupuis 2013)

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Victor Young Perez, des rings à Auschwitz

youngphotoAujourd'hui sort au cinéma "Victor Young Perez", inspiré de la vie du plus jeune champion du monde de boxe, coqueluche du Tout-Paris dans les années 30, et qui a fini ses jours à Auschwitz. Si la performance de Brahim Asloum dans le rôle vous laisse sceptique, lisez plutôt la très bonne bande-dessinée parue chez Futuropolis !

Dans leur album sobrement intitulé "Young", Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro s'attardent moins sur la vie mondaine et la gloire de Perez que sur son enfance et à l'autre extrémité la fin de sa dans le camp d'Auschwitz. Le scénario montre en parallèle les deux histoires extraordinaires de Victor Young Perez : La belle histoire c'est celle d'un jeune homme né à Tunis en 1911 dans une modeste famille juive. En 1922, il s'installe à Paris comme apprenti chez un cordonnier. Mais sa vraie passion, c'est la boxe. En 1930, il est sacré champion de France poids plume. Un an plus tard, à 20 ans seulement il devient champion du monde. Adulé du tout-paris, il tombe amoureux de l'actrice Mireille Balin. La Tunisie n'a pas oublié son "fils", elle en fait un héros.

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Après avoir raconté la vie d'un autre boxeur fameux - Battling Siki, le premier africain champion du monde de boxe - Ducoudray et Vaccaro s'attaquent à une nouvelle biographie de boxeur qui va évidemment plus loin que le simple récit d'exploits sportifs. Une histoire riche et édifiante.La gloire dure un an. Dès 1932 il perd son titre. L'histoire tragique commence en 1943. Le jeune homme est enfermé à Auschwitz. Le Commandant aime la boxe, alors il oblige Perez à entraîner une équipe de boxeurs choisis parmi les déportés pour organiser régulièrement des combats dans le camp. Pour garder sa forme physique, on fait travailler Perez aux cuisines d'où il sort de la nourriture qu'il distribue aux autres prisonniers. Cette générosité va le perdre.

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"Young" de A.Ducoucray et E.Vaccaro, chez Futuropolis. 128 pages.

Et puis la bande-annonce du film qui sort aujourd'hui :

 

Quand les héros de papier prenaient le micro

Dans les années 60, les feuilletons à suivre étaient chose courante à la radio. Quelques séries de bande-dessinée eurent l'honneur d'une adaptation sonore. En 1960, sur Radio Luxembourg, une émission intitulée "Pilote" (du nom de l'hebdomadaire de bande-dessinée) proposa une adaptation de l'album "Astérix le gaulois", et une autre de "La serpe d'or".

La voix d'Astérix était interprétée par Guy Pierrault (qui doubla bugs bunny) et un certain Albert Augier interprétait Obélix. Plus tard, pour les dessins animés, ce sont respectivement Roger Carel et Pierre Tornade qui joueront Astérix et Obélix. Autres héros de Pilote, Tanguy et Laverdure eurent droit à leur histoire radiophonique :

Quatrième histoire, celle de Barbe-Rouge, "Le démon des Caraïbes". Quelques années plus tard, les adaptations sortiront en 33 tours :

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Un autre gaulois a eu droit à une adaptation audio : "Alix l'intrépide"

Toutes ces enregistrements fleurent bon la nostalgie. Les comédiens ont l'accent typique des années 60, la musique est digne des films d'aventure de l'époque. Il n'y a qu'à écouter le générique du feuilleton "Blake et Mortimer" pour se plonger dans l'ambiance mystérieuse du "Piège Diabolique" :

NB : à l'époque "France 2" était une station de radio !

Pour "Blake et Mortimer" aussi, les histoires ont été vendues sur 33 tours :

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Il y a quelques années, un amateur a créé une vidéo mélangeant le disque et les cases de "La marque Jaune", et ça donne ça :

 

Et puis je ne pouvais parler de BD à la radio sans mentionner Tintin. Il a eu droit lui-aussi à son adaptation radiophonique.

Aujourd'hui, les 33 tours se trouvent assez facilement et à des prix raisonnables sur Internet ( le disque "Astérix le Gaulois" peut s'acheter pour 15/20 euros sur Ebay), et pour avoir plus d'informations sur les héros de "Pilote" en particulier, n'hésitez pas à consulter le très complet "blog du journal pilote" !

Le Louvre remplit les cases.

La maison d'édition Futuropolis publie coup sur coup - en partenariat avec le Louvre - deux albums qui nous entraînent dans les galeries du musée et de son antenne à Lens.

Couv-ART_CHEVALEMENT-provDans "L'art du chevalement" qui sortira le 25 novembre, Loo Hui Phang au scénario et Philippe Dupuy au dessin nous mènent sur les pas du jeune Orféo. Un mineur qui remonte du trou avec "Pigeon", un vieux cheval qui tire les wagons sous terre depuis plus de 10 ans. Mais au lieu d'arriver sur le carreau du puits, ils se retrouvent au coeur du Musée du Louvre à Lens, transportés dans le futur.

Pas vraiment une histoire classique, "L'art du chevalerement" s'apparente plutôt à une balade graphique dans les allées du musée. C'est aussi une rencontre un peu magique avec les oeuvres d'art qui prennent vie. Un dialogue s'installe entre elles et le jeune homme qui raconte l'histoire de la fosse. Une réflexion assez fine et intelligente sur ce qui lie le monde des Mineurs à celui de l'art. Si, si, il y a beaucoup de similitudes entre les deux.

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Point de vue totalement différent, à la fois dans le graphisme et dans le récit avec "Le chien qui louche". Etienne Davodeau a toujours ce talent de raconter une histoire humaine simple se déroulant dans un cadre original et très documenté. C'était le cas dans "Les ignorants" qui évoquait l'univers de la viticulture. Cette fois Davodeau a parcouru pendant de longues semaines les galeries du Louvre pourCHIEN_QUI_LOUCHE_COUV_WEB4 nourrir l'histoire du "Chien qui Louche". Le personnage est gardien dans le musée. Le jour où il se rend dans sa belle-famille, Les frères et le père de son amie lui demandent quelque chose d'impossible : accrocher au Louvre une horrible croûte peinte par l'arrière-grand-père et qui représente un chien qui louche. Pour cela, le gardien va se faire aider par une mystérieuse société secrète, "la République du Louvre". L'histoire est franchement drôle, parfois burlesque. Elle regorge d'anecdotes sur les oeuvres d'art et le musée lui-même. Vous découvrirez notamment où se trouvent les plus belles fesses du Louvre. J'étais un peu agacé au départ par la caricature des "beaufs de province qui ne comprennent rien à l'art" proposée par Davodeau, mais au final, il faut prendre cela comme un des ressorts comiques de cet album. J'ai d'ailleurs préféré "Le chien qui louche" aux "Les ignorants", car le mélange entre le divertissement et l'informatif m'a paru cette fois mieux équilibré que dans l'album précédent. A vous de vous faire votre propre jugement.

Les liens utiles : 

http://www.futuropolis.fr/

http://www.etiennedavodeau.com

A relire aussi sur ce blog, mon article sur la collection de BD créée conjointement par Futuropolis et les Editions du Louvre : http://blog.francetvinfo.fr/case-a-part/2012/12/18/la-bande-dessinee-sinvite-au-musee.html

Les Mondes d'Aldébaran - l'expo express

Les survivantsDepuis le 30 octobre jusqu'au 9 novembre, la Galerie Oblique à Paris expose des planches en noir et blanc de Léo. Elles sont tirées de ses séries Kenya (une série d'aventure qui flirte avec le fantastique) et Trent (un western dans le grand nord canadien) et puis surtout Aldébaran, Bételgeuse et Antarès. Pour ceux qui ne connaissent pas ces 3 séries de science-fiction, Léo y a inventé "Avatar" avant James Cameron : l'exploration de nouvelles planètes, la découverte d'animaux merveilleux, et un personnage qui sert de fil conducteur : Kim, une jeune femme née sur la planète Aldébaran et pour qui la non-violence et le respect de l'autre sont une règle de vie. Depuis 1991, les bande-dessinées de Léo mêlent la science-fiction la plus classique au bon sens du terme à des aventures humaines où les sentiments prennent une place importante. Tout ces ingrédients et le dessin agréable de Léo ont fait des Mondes d'Aldébaran un succès populaire. Ce qui est plutôt rare en France pour une oeuvre de SF.

Un petit résumé de la série Aldébaran (5 tomes) fourni par Dargaud : 

Pour les colons terriens qui occupent la planète Aldebaran, tout semble planifié. Mais peu à peu des événements insolites se produisent. Sans nouvelles de la Terre, Aldebaran est isolée. Coupés de tout contact, les habitants d'Aldebaran doivent faire face à plusieurs bouleversements aux conséquences inquiétantes. Le danger principal semble venir de l'océan d'où surgissent des créatures monstrueuses et hostiles. Mais qui possède vraiment une explication à cette évolution aussi terrifiante qu'incontrôlable ? Marc et Kim, deux adolescents qui ont survécu à l'anéantissement de leur village, rejoignent la capitale, Anatolie, afin de trouver une réponse.

La série en cours s'appelle "Antarès" , 5 tomes sont déjà parus : 

Suite directe du second cycle des « Mondes d'Aldébaran » (Bételgeuse), Antarès démarre en trombe un troisième cycle captivant. Cette fois Kim retourne dans un premier temps sur Terre, à Paris, où elle tente de décompresser. Mais sa notoriété grandissante, en tant que leader du groupe de la Mantrisse dont on connaît désormais le secret, ne lui laisse guère le temps de se reposer. Kim intéresse par exemple de très près une mystérieuse et mysthique organisation qui projette de coloniser la planète Antarès. En attendant un groupe de trois éclaireurs vivent sur cette planète afin d'observer le milieu dans lequel vivront les futurs colons. Et, évidemment, des phénomènes étranges inquiètent les responsables qui font appel à Kim et à son expérience due à son passage sur Aldébaran et Bételgeuse. Mais, ce que personne ne sait, c'est que Kim cache sans le savoir un secret qui va tout changer !

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(c) Editions Dargaud

Une des planches exposées à la Galerie Oblique (Village Saint-Paul, 17 rue Saint-Paul - 75004 Paris) 
Comme toutes les autres, cette planche est à vendre. 

Les liens utiles : 

Galerie Oblique : http://galerieoblique.fr/

"Les Mondes d'Aldébaran", le site dédié : http://www.dargaud.com/blog/mondes-aldebaran/

"Astérix chez les Pictes" : Lu et approuvé.

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C'était sans doute la bande-dessinée la plus attendue de l'année. Après des mois de secrets et d'informations distillées au compte-goutte, le 35ème album d'Astérix est enfin paru. Les premiers exemplaires ont été vendus à minuit dans une librairie parisienne. Grand lecteur d'Astérix depuis que je suis tout petit, j'avais la chance d'y être. De l'histoire, on connaissait les grandes lignes : un voyage en écosse, en compagnie d'un guerrier dénommé Mac Oloch, mais dans le détail ? Que vont faire Astérix et Obélix chez les Pictes ?

Au début de cette aventure, les deux gaulois découvrent échoué sur la plage un homme étrange pris dans un iceberg. Grâce aux remèdes magiques de Panoramix, l'individu reprend conscience mais il ne parvient pas à s'exprimer. Le druide comprend pourtant qu'il arrive de la tribu des pictes, les cousins écossais des Gaulois... Alors que les femmes du village commencent à craquer pour le bel étranger, Abraracourcix le chef du village demande à Astérix et Obélix (avec le soutien des maris du village) de raccompagner le guerrier chez lui.

En route, MacOloch retrouve la parole et raconte aux deux héros que le chef d'un clan concurrent - Mac Abbeh - l'a éloigné pour mieux s'emparer de sa fiancée Camomilla. La mission du trio est simple : libérer Camomilla, triompher de Mac Abbeh l'infâme, qui a - en plus !!!! - pactisé avec les romains. Et pour ce faire, ils bénéficieront de l'aide d'une loutre géante - dixit Obélix - qui vit dans un Loch... suivez mon regard.

Pour la première fois depuis 1961, deux nouveaux noms apparaissent sur la couverture d'un Astérix. Didier Conrad au dessin, Jean-Yves Ferri pour les textes. Deux auteurs confirmés dans le monde de la BD choisis pour prendre la relève par Uderzo lui-même et par Anne Goscinny, fille de René. Ces dernières années, Uderzo ne travaillait pas seul sur les albums d'Astérix, loin de là, pourtant sa petite "armée de l'ombre" n'avait jamais eu les honneurs de la couverture. Mais avec ce 35ème opus, c'est bien un changement d'époque qui s'amorce : cette fois-ci le dessinateur "historique" d'Astérix a eu essentiellement un rôle de consultant.

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(c) Editions Albert René

Le dessin ? Sans surprise, Didier Conrad ne perturbera pas les habitudes des lecteurs assidus d'Astérix. Les 5 ou 6 premières pages paraissent un peu hésitantes, ce qui est tout à fait normal mais très vite, les visages, les mouvements, la pureté du trait "Uderzien" sont parfaitement maîtrisés. En lisant cette histoire, j'ai eu le sentiment de retrouver un peu le style graphique des albums plus anciens comme "Le Tour de Gaule d'Astérix" ou "Astérix et Cléopâtre" : il me semble qu'Astérix est plus petit, plus ramassé sur lui-même que dans les albums récents. Le retour du petit teigneux, quoi. Obélix, dont la taille s'élançait un peu plus - et un peu trop - à chaque nouvel opus, redevient cette belle boule de billard bien ronde, rayée blanche et bleue. Petite mention spéciale pour Agecanonix, plus gaga que jamais. Quant aux méchants personnages écossais, ils ont des têtes proprement ahurissantes, à se tordre de rire. De quoi satisfaire les vieux lecteurs comme moi qui s'étaient un peu éloignés des aventures du gaulois avec les derniers tomes. Le découpage et la construction des cases sont également très classiques et finalement fort respectueux du style d'Uderzo.

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(c) Editions Albert René

Quant à l'histoire... Lors de la sortie des derniers albums entièrement scénarisés par Albert Uderzo, la critique n'avait pas été tendre. "Le ciel lui tombe sur la tête" en 2005 par exemple s'était fait matraquer, cette histoire d'extra-terrestres débarquant dans le village gaulois avait au mieux dérouté les amoureux d'Astérix, au pire provoqué des remarques acerbes sur le thème "il manque décidément un scénariste aux côtés d'Uderzo". Pour ce 35ème album, la bonne nouvelle c'est qu'il y a un scénario solide et bien construit mâtiné de quelques éléments fantastiques. Ça ne tire pas à la ligne, pas une seconde on ne s'ennuie... de plus, c'est une excellente idée de faire voyager les gaulois pour ce "nouveau départ" car de tout temps, les meilleurs albums ont été ceux dans lesquels Uderzo et Goscinny s'amusaient des particularismes locaux : "Astérix en Hispanie", "Astérix chez les Bretons", "Astérix chez les belges" pour ne citer que ceux-là. Le voyage en Ecosse permet de renouer avec les gags référencés qui ont fait le succès d'Astérix auprès du public adulte. Les dialogues ciselés par Ferri sont un bel hommage à l'humour pince-sans-rire de Goscinny. Exemple : lorsque Panoramix s'interroge sur l'origine de Mac Oloch, il pense qu'il est "hibernien" (irlandais). Voyant les tatouages tribaux, Obélix lui répond d'un air grave : "Un décalcomanien, peut-être ?". Et puis au fil des pages, vous découvrirez "Buzz", le dieu écossais du bruit et des abeilles, et puis Mac Aye, Mac Ramp, Mac Reese, Mac Robiotik ou encore le centurion Taglabribus.

Lorsque des auteurs BD reprennent une série qu'ils n'ont pas créée, il faut toujours leur laisser un peu de temps pour s'approprier les personnages, s'émanciper de leurs illustres prédécesseurs puis commencer à apporter leur touche personnelle pour sortir d'un simple exercice de clonage. Conrad et Ferri ont parfaitement conscience de ce difficile exercice : ils ne prétendent pas avoir fait l'album parfait, mais ils me paraissent très bien armés pour faire vivre encore longtemps le petit gaulois. "Les Pictes" est respectueux du mythe Astérix et de tous les ingrédients qui font le succès de la série depuis 1959. Et cette nouvelle histoire - qui plaira évidemment aux enfants - devrait sans doute réconcilier Astérix avec le public adulte qui s'était éloigné de lui.

Et en cadeau, la première page d' "Astérix chez les Pictes" :

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(c) Editions Albert René