[ Revue de presse ] Débat du deuxième tour: des attaques dignes de la présidentielle américaine ?

En octobre dernier, Politico qualifiait le deuxième débat présidentiel américain de débat "le plus atroce de l'histoire". Ce matin, la presse américaine se demande si la France a voulu marcher dans les pas de l'Oncle Sam.

Un débat vicieux, brutal et grossier 

"Le Pen et Macron s'affrontent lors d'un débat présidentiel vicieux". C'est le titre de l'article publié par le New York Times à la suite du débat d'hier.

Le prestigieux quotidien américain relève l'impression d'une dispute de salle de classe: "Elle l'a coupé et lui a dit de ne pas lui faire la leçon. Il a tristement secoué sa tête, elle a ri sarcastiquement". Politico, de son côté, déplore un débat "laid, long et grossier". 

Comme une impression de déjà-vu

Une ambiance qui n'est pas sans rappeler la virulence des débats politiques américains, comme le souligne le New York Times: "Le débat s'apparentait davantage à un festival d'insultes télévisé à l'américaine plutôt qu'à une discussion raisonnée du fond à laquelle les français sont habitués (...), laissant les modérateurs impuissants".

Cet impression amère de déjà-vu a également frappé d'autres médias, comme le Washington Post, pour qui "les insultes ont volé": 

"Malgré les enjeux, l'événement a rarement atteint le niveau de discussion précise des propositions qui caractérise habituellement le discours politique français. Dans un spectacle reflétant les interactions entre Donald Trump et Hillary Clinton durant la campagne électorale américaine à l'automne dernier, Macron et Le Pen se sont pris à la gorge." 

"Oeil pour oeil, dent pour dent" 

Le Wall Street Journal, quant à lui, souligne le fait que les deux candidats "se sont vite abaissés à une bataille oeil pour oeil, dent pour dent, durant laquelle ils ont lutté pour parvenir à se mettre K.O".  

Pour le New York Times, ce dernier affrontement était "une vive démonstration de deux visions de la France radicalement différentes entre lesquelles les électeurs auront à choisir dimanche". Politico, de son côté, note que, malgré son intensité, le débat "n'a que peu de chances d'influencer la décision des citoyens à quatre jours de l'élection".

Regarder le débat sans comprendre la langue... et en tirer (presque) les mêmes conclusions

Ryan Broderick, journaliste pour BuzzFeed à Paris, a tenté d'analyser le débat malgré son petit niveau de français. Il avait aussi regardé le débat à onze et en tire une première leçon: "ce n'est pas aussi drôle sans le grand-père gauchiste énervé et le communiste qui s'ennuie".

Tout comme le New York Times, Broderick a remarqué les gestes des candidats, qui sont peut-être le seul élément qui les démarque encore de leurs homologues américains.

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"C'est ça. La politique française en une photo", écrit Ryan Broderick pour Buzzfeed.

À part le fait que "Le Pen adore en faire des tonnes", il a remarqué Nathalie Saint-Cricq, et pense qu'elle devrait "être présidente": "elle maîtrise le truc comme une championne".

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À l'image de l'ensemble du débat, le journaliste note que sa fin a été "quelque peu floue". "Tout ce que je sais c'est que Macron a répété "Madame Le Pen" encore et encore alors que Le Pen lui a crié dessus pendant un bon moment", conclut-il.

Victoria David

 

 

 

13 Reasons Why, la série coup de poing

Encensée par les uns, dénoncée par les autres, la nouvelle production de Netflix ne laisse personne indifférent. Et pour cause, en prenant le sujet du suicide des ados à bras le corps, la série veut frapper fort.

Un phénomène international 

Produite par Selena Gomez, 13 Reasons Why raconte l'histoire d'Hannah Baker, ou plutôt, elle raconte sa mort. Hannah a mis fin à ses jours. Pour expliquer son geste, la jeune fille de 17 ans a enregistré sept cassettes audio, chacune adressée à une personne que l'adolescente estime responsable de son suicide. Des sujets sensibles, une narration originale et des personnages forts, Netflix semble avoir réussi le pari d'adapter le roman à succès de Jay Asher. 

Bande annonce française de la série. Netflix France. 

Mise en ligne il y a moins d'un mois sur la plateforme, la série a connu un succès fulgurant et suscité un débat international dès le début de sa diffusion. Les sujets abordés font écho à la vie quotidienne du téléspectateur, en grande partie adolescent. Harceleur ou victime, il est lui aussi probablement passé par là.

Réflexion autour du suicide chez les jeunes

Alors chaque épisode donne à réfléchir, notamment sur la portée de ses actions, quand on sait que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans - plus de 5000 adolescents tentent de se suicider chaque jour aux Etats-Unis. Les jeunes sont donc une cible de choix pour la série, qui semble parvenir à les toucher. De nombreuses associations, comme le souligne Le Monde, constatent ainsi que les appels sur leurs lignes d'écoute ont "doublé depuis le début de la série". 

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La productrice de 13 Reasons Why, Selena Gomez, en compagnie de Katherine Langford (Hannah Baker) et Dylan Minnette (Clay Jensen). Netflix.

Conscients de la portée d'un tel thème, les acteurs essaient de faire entendre leur voix au-delà du petit écran, à l'image de l'actrice Alisha Boe - Jessica dans la série. Cette dernière a participé le 26 avril à un événement organisé par l'université de George Mason, en Virginie, en compagnie de l'ancien vice-président Joe Biden. Elle est intervenue sur le thème des agressions et du harcèlement sexuels sur les campus, dans le cadre des actions de l'université sur le sujet.

Outil pédagogique?

Le thème est important, universel, il parle aux jeunes, et ce, au-delà des frontières américaines. Si bien que chaque épisode a suscité de vastes débats sur les réseaux sociaux. En quelques jours, c'est une véritable communauté qui s'est créée autour de 13 Reasons Why, des centaines d'espaces de discussion voyant le jour sur la toile.

La série a été plutôt bien accueillie par les professionnels de l'éducation, certains y voyant même un outil pédagogique afin de sensibiliser les élèves au suicide et au harcèlement, fait remarquer Sud Ouest.

Une série très critiquée 

La production de Selena Gomez ne fait cependant pas l'unanimité. Accusée de mettre en scène, de glorifier le suicide ainsi que de culpabiliser les proches et les jeunes ayant des pensées suicidaires, 13 Reasons Why a dû faire face à de nombreuses critiques. À l'image de cette mère, interrogée par le New York Times, qui s'inquiète du fait que la série "glamourise" le suicide. 

Malgré ces déconvenues, la série peut se targuer d'un réel engouement, une saison deux devrait d'ailleurs voir le jour. 

Victoria David

 

La présidentielle française vue par les médias américains

Alors que l'échéance du premier tour approche, la presse américaine redouble de créativité pour tenter d'expliquer cette campagne à laquelle même les créateurs d'House of Cards n'aurait pas osé penser.

"N'élisez pas un autre Donald Trump".  Près de cinq mois après l'élection surprise de Donald Trump, c'est au tour de la France de voter, lors d'un scrutin dont les médias américains semblent avoir pris la mesure.

"Le futur politique du pays est encore complètement incertain" 

À chaque fois c'est la même chose. Le journaliste doit se livrer au périlleux exercice de la présentation des candidats. Périlleux, car il est difficile d'établir des parallèles entre les partis français et américains, et ce d'autant plus plus qu'on assiste à une recomposition majeure du paysage politique français. Alors on fait simple: Le Pen est d'extrême droite, Fillon conservateur, Macron "centriste radical" et indépendant, Hamon socialiste et Mélenchon d'extrême gauche. Jusque-là, ça va.

C'est quand il s'agit de pronostiquer les résultats que ça se complique. Telle une bonne série Netflix, les épisodes s'enchaînent avec chacun leur lot de surprises. "L'élection française est un spectacle d'horreur," titre ainsi Slate.com, quand le Washington Post souligne "l'humeur rebelle" des électeurs ainsi que leur indécision à quelques heures du premier tour.

Difficile d'expliquer à des lecteurs américains, habitués à un système bipartisan, que quatre candidats sont au coude à coude. Slate, dans un article estimant Macron comme la moins mauvaise des solutions, envisage "quatre scénarios, dont trois cauchemardesques". 

"Pourquoi la France compte?"

"Pourquoi la France compte?", c'est la question que pose le New York Times, pour tenter de susciter l'intérêt autour de nos élections. 
"67 millions d'habitants, la sixième plus grande économie du monde, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU," égrène Aurélien Breeden. Le journaliste ajoute surtout que la France est "l'une des plus vieillies alliées des Etats-Unis". 

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Le New York Times consacre un long article à la présidentielle française le 7 mars 2017. Clémentine Boyer Duroselle.

En mettant l'élection française dans la ligne du Brexit et de la victoire de Donald Trump, les médias américains montrent ce qui est réellement en jeu dans cette élection: la confirmation, ou pas, d'une "résurgence anti-mondialiste".

 

Alors que le New York Times souligne à quelle point la politique étrangère de la France pourrait changer selon les résultats, le Time met en garde sur une sortie de la France de l'UE qui "dévasterait le bloc européen et affecterait les marchés financiers". Le Hollywood Reporter, de son côté, s'inquiète des conséquences d'une victoire de Le Pen sur les co-productions hollywoodiennes. 

Dans un article pour le New York Times, Kamel Daoud fait remarquer le "curieux déni" de la possible victoire de Marine Le Pen, qu'il qualifie d'une erreur "monstrueuse". "L'électeur français n'est peut-être pas si bon", écrit-il, dénonçant l'analyse "décalée" des autres candidats, persuadés que "l'élection de Mme Le Pen irait à contresens de l'histoire". Il dénonce un "positivisme politique", qui n'a pas vu que "Mme Le Pen a peu à peu levé les tabous et normalisé les propositions scandaleuses".

Albi, symbole d'une peur bien française

Le New York Times, qui s'est intéressé de près à la campagne présidentielle, a essayé de comprendre le succès des extrêmes à travers un prisme bien particulier, celui du "déclin des villes de province comme marqueur de l'identité" française. Pour "prendre la mesure de la décomposition en cours", le journaliste choisit Albi, à une heure de Toulouse. "Une enfilade de commerce fermés", une ville qui semble "abandonnée"...Adam Nossiter rend compte de cette tragédie française.

 

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Article du New York Times sur Albi, paru le 7 mars 2017. 

La cause de ce déclin? "Les Trente Glorieuses", selon lui. "C’est le paradoxe français: une nouvelle société de consommation a écorné “l’âme” française, ce qui a empiré, aujourd’hui, avec l’effondrement de la croissance économique."

D'où une angoisse, celle de voir disparaître ce mode de vie dont les Français sont "profondément fiers" et qui est si bien représenté par "ses villes de province de taille moyenne où Balzac situait ses romans". 

L'élection américaine, saison 2? 

Le parallèle, même s'il a ses limites, entre Marine Le Pen et Donald Trump est de tous les papiers. De là à voir dans notre élection un nouveau scrutin américain, il n'y a qu'un pas, que bien des plumes franchissent. C'est ainsi que Foreign Policy voit en Mélenchon un nouveau Bernie Sanders. "Comme Sanders, Mélanchon parle au désir des électeurs de gauche de réécrire les règles orthodoxes de la politique", peut-on lire. De son côté, le Washington Post voit une étrange similarité entre Hillary Clinton et Emmanuel Macron:

"La fin de campagne de Macron commence à ressembler aux derniers jours de campagne d'Hillary Clinton aux Etats-Unis, quand Clinton, qui partage un pédigrée "establishment" similaire et une vision économique néolibérale comparable, n'a pas réussi à convaincre les indécis ni à motiver les électeurs les plus apathiques".

"Les électeurs français ont appris au moins une chose de la victoire de Donald Trump: ils doivent se tenir prêt à une surprise", peut-on lire dans un autre article du journal, faisant ainsi écho à des dizaines d'autres journaux américains qui soulignent l'incertitude inouïe dans laquelle la France est plongée.

 

Même John Oliver, animateur du très populaire Last Week Tonight, a tenu à interpeler les Français. "Vous, en France, n'aimez rien de plus que faire mieux que la Grande-Bretagne et l'Amérique. Maintenant c'est à vous de le prouver. (...) Imaginez combien vous vous sentirez supérieurs si vous ne faites pas les mêmes erreurs que nous." Voilà, en substance le message de John Oliver, dont la voix a effectivement porté de l'autre côté de l'Atlantique.

"L'Angleterre et les Etats-Unis ont "fucked up". Ne "fuck up" pas non plus. (...) Vous valez mieux que ça. Ceci est votre chance d'être à la hauteur de la philosophie des Lumières.

Soulignant la possible perturbation des élections par la menace terroriste, les médias américains, conscients que tout est bel et bien possible, retiennent eux aussi leur souffle en attendant les résultats.

 

Victoria David

 

À Harvard, une "école de la résistance" à Donald Trump

Le 5 avril dernier, Timothy McCarthy, professeur à Harvard, a donné la leçon inaugurale de l'Ecole de la résistance - la Resistance School - créée par des étudiants de la Kennedy School d'Harvard. L'objet de cette résistance? Le Président des Etats-Unis, Donald J. Trump.

Formation gratuite de quatre semaines ouverte à tous, le programme en ligne veut permettre à ses étudiants de combattre la politique de Donald Trump. Les étudiants affichent, sur leur site internet, vouloir « affiner les outils dont nous avons besoin pour nous défendre au niveau fédéral, au niveau des Etats et au niveau local »

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Capture d'écran de la page d'accueil du site de "l'école", où l'on peut lire: "des compétences pratiques pour reprendre l'Amérique"

Jefferson et Harry Potter comme sources d'inspiration

Leur inspiration, cette phrase de Thomas Jefferson, devenue leur devise« Lorsque l’injustice devient loi, la résistance devient devoir. » Une injonction qu'ils ont prise à la lettre en créant cette plateforme. Le groupe vous rappellera peut-être l'armée de Dumbledore dans le roman de J.K. Rowling, comme le souligne Le Figaro Etudiant. Créée par Harry Potter, cette armée prend des cours de défense afin de combattre Voldemort.

Des outils contre l'impuissance 

Seule la moitié des 18-29 ans a voté lors de l'élection présidentielle américaine de 2016, alors que le taux de participation national est de 58%. Une participation faible qui ne traduit cependant pas forcément un désintérêt, comme l'ont démontré les centaines de manifestations anti-Trump qui ont proliféré sur les campus américains durant les premières semaines de son mandat. À l'image des manifestants, les fondateurs de l'école de la résistance n'ont pas voulu se résoudre à leur impuissance. 

Joseph L. Breen, cofondateur, a en effet confié au journal de l'université The Crimson que l'idée leur était venue après avoir discuté de la manière dont ils pouvaient faire face à Trump. "Nous pensions qu'il y avait beaucoup d'étudiants qui voulaient s'engager dans l'activisme politique mais qui n'avaient pas les bons outils pour le faire", a-t-il ajouté. 

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« Lorsque l’injustice devient loi, la résistance devient devoir. », Thomas Jefferson. Capture d'écran du site resistanceschool.com 

"Comment communiquer nos valeurs en matière de plaidoyer politique" 

6.500 étudiants répartis dans les 50 états américains et à travers le monde se sont inscrits pour assister à la première session, alors que 15.000 l'ont visionnée en direct, selon Quartz.com. "Comment communiquer nos valeurs en matière de plaidoyer politique", voilà l'objet de ce premier cours, donné par Timothy McCarthy, qui a soutenu le projet dès le début. Durant sa conférence, McCarthy abreuve ses étudiants de conseils. Du deuxième discours d'investiture d'Abraham Lincoln à la "Déclaration de Sentiments" de la Convention de Seneca Falls, une première pour le droit des femmes aux Etats-Unis, il leur recommande ses indispensables.

La deuxième leçon a eu lieu mercredi 12 avril. Sara El-Amine, directrice exécutive d'Organizing for Action (OFA) - un mouvement d'appui à Barack Obama, fait remarquer Le Monde -, a répondu à la question "Comment mobiliser et organiser nos communautés?". 

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Résumé du deuxième cours donné par Sara El-Amine. Capture d'écran du site resistanceschool.com.

Créer un véritable mouvement 

Dans la pratique, il s'agit de quatre semaines de cours donnés par des professeurs prestigieux. Les vidéos sont retransmises en direct sur YouTube et sur les réseaux sociaux. Le site encourage les participants à s'inscrire en groupe plutôt qu'individuellement, afin d'entretenir une dynamique qui se veut avant tout collective. Un avis partagé par McCarthy, pour qui il s'agit d'un "mouvement": "les écoles sont propices à l'échange intellectuel, à la transformation sociale, et oui, si nécessaire, à la résistance politique" a-t-il confié au Crimson.

Au-delà de la simple résistance au nouveau président, il s'agit donc de créer un véritable mouvement pour permettre à ceux qui le souhaitent de s'engager en politique et, surtout, de s'organiser.

 

Victoria David 

 

 

 

Qui est Neil Gorsuch, le nouveau juge de la Cour suprême?

Plus d'un an après la mort d’Antonin Scalia, juge conservateur de la Cour suprême américaine, le Sénat américain vient de confirmer la nomination de Neil Gorsuch pour occuper le siège vacant.

Un juge conservateur

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Neil Gorsuch s'exprime après sa nomination, mardi 31 janvier. (CNBC)

À 49 ans, ce juge fédéral à la cour d’appel du Colorado (dixième circuit), avait tous les atouts pour séduire l’establishment républicain.

Nommé en 2006 par le Président George W. Bush, il avait été confirmé sans opposition par le Sénat. Réputé conservateur, le juge s’est notamment fait connaître par son soutien à la décision Burwell v. Hobby Lobby en 2013.

Dans cette décision en appel, la cour avait jugé que les chefs d’entreprise pouvaient utiliser des motifs religieux afin de refuser de fournir des moyens de contraception à leurs employées, comme les y obligeait l’Obamacare. La Cour Suprême avait par la suite validé ce jugement.

Rétablir la majorité conservatrice

Neil Gorsuch restaure la majorité conservatrice de la Cour, avec cinq juges conservateurs contre quatre plus libéraux. Campant des positions similaires à celles de Scalia quant à l’interprétation de la Constitution, Gorsuch serait néanmoins plus ouvert au dialogue avec ses collègues.

Avoir choisi un juge jeune n’est pas anodin pour Donald J. Trump. Gorsuch pourra siéger à la Cour pendant plusieurs décennies. Fidèle aux valeurs républicaines mais moins clivant que le juge défunt, le nominé de Donald Trump semble être un choix sage, qui a été applaudi dans les rangs républicains dès sa nomination.

Une confirmation compliquée 

Les sénateurs démocrates, agacés par le comportement de leurs collègues républicains l’année dernière, ont essayé de faire échouer sa confirmation. 

En mars dernier, les républicains avaient en effet refusé d’examiner la nomination de Merrick Garland par Barack Obama. Une décision controversée qui avait poussé le New York Times à parler, en janvier, de nomination « illégitime » de la part du Président Trump.

En minorité au Sénat – la chambre se composant de 48 sièges démocrates contre 52 sièges républicains –, les démocrates ont utilisé leur unique arme: le filibuster (ou obstruction), consistant à rallonger le débat parlementaire. Il fallait alors 60 sénateurs aux républicains pour passer outre, un nombre presque impossible à atteindre.

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Neil Gorsuch, aux côtés de Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat qui a enclenché "l'option nucléaire" jeudi 6 avril. (AP Photo/ J. Schott Applewhite) 

 

Recours à "l'option nucléaire"

Ces derniers ont donc décidé jeudi 6 avril de mettre leurs menaces à exécution en ayant recours à "l'option nucléaire", qui consiste à modifier le règlement intérieur du Sénat. Comment? En abaissant le seuil nécessaire pour passer outre l'obstruction de 60 à 50 sénateursIls ont ainsi pu confirmer la nomination de Neil Gorsuch et se passer de l'accord des démocrates ce vendredi 7 avril.

Les démocrates devraient payer cette obstruction au prix fort puisque cette modification aura probablement des conséquences à long terme. Outre faciliter les futures nominations du président dans les années qui viennent, c'est un changement du fonctionnement du Sénat auquel nous devrions assister. Jusqu'ici considéré comme favorisant le travail entre les deux camps, le Sénat pourrait, à l'image de la Chambre des représentants, devenir plus partisan, cela favorisant ainsi "des nominations plus idéologiques," selon Nina Totenberg.

Supreme Court Associate Justices Anthony Kennedy testifies on Capitol Hill in Washington, Monday, March 23, 2015, before a House Committee on Appropriations subcommittee on Financial Services hearing to review the Supreme Court's fiscal 2016 budget request. (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

Le Juge Anthony Kennedy au Capitole le 23 mars 2015. (AP Photo/ Manuel Balce Ceneta)

Neil Gorsuch pourrait ne pas être le seul juge nominé par Donald Trump pendant sa présidence. Anthony Kennedy, juge conservateur de la Cour, avec qui Gorsuch a par ailleurs travaillé, pourrait saisir l’opportunité pour prendre sa retraite, comme le souligne le Washington Post. Il donnerait la possibilité à l’Administration Trump de s’assurer d’un deuxième siège conservateur pour plusieurs années et ainsi de sécuriser la majorité conservatrice de la Cour.

Victoria David

Plongée au coeur du désert de Sonora, colonisé par des villas de luxe

Nous vous emmenons cette semaine dans le désert de Sonora, le plus grand d'Amérique. 

 

Décor de western où l'Homme semble à première vue absent, un monde a priori inhospitalier, mais qui recèle 2 000 espèces de plantes. Un trésor qui fait l'admiration des touristes. James est un cow-boy reconverti en guide du désert. Sa passion : ces cactus Saguaro qui peuvent mesurer jusqu'à 15 mètres. Merveilles de la nature, des dizaines de fleurs sont accrochées à ses branches, invisibles à hauteur d'homme.

Un écosystème menacé

Mais Sonara est victime de son succès. Des villas de luxe sont en train de coloniser le désert. Près de 2 000 maisons sortent de terre chaque mois. Chacune a sa piscine privée. La moitié des terres du désert est protégée, les autres peuvent être construites. Bob est originaire de la région, il dénonce les autorités qui encouragent ce boom immobilier. C'est tout l'écosystème du désert qui est menacé. Avec l'urbanisation, les routes se multiplient. La faune du désert est de plus en plus à l'étroit.

 

 

Tout comprendre sur la réforme de santé des républicains

La Chambre des représentants devait se prononcer ce jeudi sur une nouvelle réforme de santé abrogeant l’Obamacare. Faute d'accord au sein du parti républicain, le vote vient d'être reporté. 

Une promesse phare

Cette réforme est un test crucial pour Trump. Son opposition à l’Obamacare semble avoir été la raison principale du vote en sa faveur. Conscient de cet engouement, il en a d’ailleurs fait l'objet de son tout premier décret en janvier dernier.

Obamacare, un bilan mitigé 

L’Obamacare, promulguée en 2010, avait tenté de corriger les inégalités engendrées par un système jusque-là très individualiste par lequel chaque américain pouvait "décider" de souscrire ou non à sa propre assurance. Seules les entreprises de plus de 50 salariés étaient tenues de proposer un contrat d’assurance à leurs salariés. Beaucoup d’américains, souvent faute de moyens, se retrouvaient alors sans assurance santé.

La réforme de santé de l’administration Obama avait mis en place un système de bourses d’échanges en ligne – avec des débuts difficiles – qui devait permettre à chacun de comparer les offres par état et de généraliser l'assurance maladie dans le pays. Si elle a effectivement permis une forte baisse du nombre d’américains sans assurance, cette réforme a néanmoins été vivement critiquée. En cause notamment, les montants des premiums ayant explosé dans certains états.

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Site mis en place par l'Obamacare

Peu de garanties conservées
Le projet de réforme examiné aujourd’hui conserve quelques garanties introduites par l’Obamacare comme le droit à l’assurance pour les personnes souffrant de maladies chroniques, le droit de garder son enfant sur son compte jusqu’à ses 26 ans, l’assurance des besoins de base ou l’interdiction des surprimes réservées aux femmes.

Libéralisation et augmentations des primes avec l’âge

Pour le reste, la réforme de Trump revient sur l'ensemble de l'Obamacare, menaçant ainsi de porter le nombre de personnes sans assurance à 52 millions alors qu’elles sont 27 millions aujourd’hui.

En effet, elle prévoit de supprimer la pénalité pour non-assurance – une augmentation de 30% des primes est cependant prévue pour les personnes non assurées pendant deux mois consécutifs. Le projet comprend en outre la libéralisation des primes qui, par ailleurs, augmenteraient avec l’âge. Cette mesure pourrait donc engendrer une forte augmentation des montants pour les plus âgés, un défaut qui devrait être corrigé par les parlementaires. Enfin, la possibilité de percevoir des allocations en fonction des ressources disparaitrait, seulement l’âge serait alors pris en compte. Les femmes pourraient elles aussi pâtir de cette nouvelle adoption, avec notamment de vifs débats sur la prise en charge des avortements.

Adoption incertaine

Malgré la majorité dont Trump bénéficie au sein de la chambre, le vote sur ce texte de 2700 pages est loin d’être acquis pour le nouveau président. Ces dernières semaines ont été le théâtre de multiples oppositions de la part de congressmen de la droite du parti, qui considèrent que le projet ne va pas assez loin, alors que les représentants républicains les plus modérés donnent eux aussi de la voix. Ces derniers redoutent les inégalités et la réduction du nombre d’assurés que pourrait engendrer la réforme.

Ces représentants font face à un choix cornélien: s'ils soutiennent l'administration, ils risquent d'aliéner une large partie de leur électorat qui leur en tiendra rigueur lors des élections de mi-mandat en 2018, mais s'ils décident de voter contre la réforme, c'est toute la crédibilité de leur parti et de la jeune administration qu'ils remettent en cause.

Résultat, le président et les leaders républicains ont multiplié les consultations et négociations ces dernières semaines dans l’espoir que leur majorité ne leur glisse pas entre les doigts. 216 voix sont nécessaires – 215, si l’on en croit le Washington Post qui indique qu’un démocrate ne sera pas présent lors du vote – afin de voter le texte, sur les 237 républicains qui siègent à la chambre. Trump dispose donc d’une marge très serrée de 21 à 22 défections.

Une marge si serrée que les républicains n'ont pas voulu prendre le risque. Peu après le rejet d'une proposition de la Maison Blanche par les opposants conservateurs, les leaders du parti au Congrès ont annoncé jeudi soir le report du scrutin. Donald Trump a ensuite tenté le tout pour le tout en menaçant les congressmen républicains de laisser l'Obamacare en place si sa réforme n'était pas adoptée.

Ce vote est un test pour la nouvelle administration qui doit à présent prouver qu’elle peut gouverner et tenir ses promesses. En outre, si la Chambre des Représentants finit par adopter le texte, il lui faudra ensuite être examiné au Sénat, où la très courte majorité – de deux voix seulement – des républicains laisse là encore planer le doute quant à l’issue du scrutin.  

Victoria David

Les ravages des anti-douleurs aux États-Unis: ils sont la cause de l'épidémie d'héroïne

Les États-Unis sont touchés par une épidémie de drogues sans précédent, les médecins prescrivent rapidement et facilement des antidouleurs tels que l'opioïde (similaire à l'opium) pour des raisons diverses: douleurs physiques, malaises mentaux.

Ces antidouleurs sont des médicaments reconnus pour leurs forts effets additifs, c'est pour cela que le Center for Disease Control and Prevention, (CDC) impose aux médecins de ne pas prescrire ce genre d'antidouleurs pour plus de trois jours. Cependant, plus d'un milliard de pilules à base d'opioïde ont été vendues en 2016.

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L' opioïde est présent dans ce genre de médicaments sur le marché pharmaceutique américain: AniléridineBuprénorphin, ButorphanolCarfentanilCodéine, Diamorphine (héroïne)DextropropoxyphèneEnképhalinesEndorphinesFentanylHydrocodone, HydromorphoneLopéramideMéthadoneMorphineNalbuphineOxycodoneOxymorphonePentazocinePéthidine (mépéridine), PropoxyphèneRémifentanil Sufentanil ,Tramadol.

Les médecins prescrivent plus que ce qu'ils ne devraient

Cependant, les médecins prescrivent régulièrement ces pilules pour 30 jours renouvelables. "L' opioïde ne tue pas la douleur, elle tue les gens" explique Dr. Donald Teater, un Conseiller médical au Conseil de Sécurité. "Les intentions des médecins sont bonnes et ils veulent aider les patients, mais cette épidémie prouve que nous avons besoin de plus de connaissances si on veut traiter la douleur des patients et la guérir"explique-t-il.
Lorsque les médecins refusent de prescrire de plus fortes doses, ou décident tout simplement d'arrêter de prescrire de genre de pilules, il n'y a aucune aide pour les patients maintenant dépendants à ce genre de drogues.

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L'opioïde est considérée comme un médicament aux Etats-Unis, mais peut-être considérée comme une drogue dure dans d'autres. Cette drogue touche les Américains de tous bords sociaux.
Ce reportage de Frontline, de la chaîne de télévision publique Américaine PBS explique que "la plupart des utilisateurs étaient des hommes et des femmes blanches, vivant dans de riches banlieues".

 

Le reportage raconte le combat de Carrie, une mère au foyer, qui avait été prescrite de la vicodin après la naissance de son second enfant. Lorsque son ordonnance s'est arrêtée, elle est allée avoir un autre médecin, mentant sur sa condition pour avoir plus de pilules, augmentant à chaque fois la dose.
Elle allait dans différentes villes, différentes pharmacies pour ne jamais se faire repérer et sans réaliser après quelques années, que son addiction était en train de la détruire, "je prenais entre 300 et 400 pilules par mois," explique-t-elle dans le reportage.
Ce qui a commencé par de simples antidouleurs après un accouchement s'est rapidement transformée en addiction aux drogues dures, lorsque les pilules n'étaient plus suffisantes. 

 

Pendant des années, sa famille ne s'est rendu compte de rien, alors qu'elle consumait entre 40 et 50 pilules par jour. "Personne ne m'a jamais dit que ça allait me rendre malade le jour où j'ai essayé d'arrêter ces médicaments" dit-elle. Carrie était dépendante et avait tous les symptômes d'un junkie essayant d'arrêter la cocaïne ou l'héroïne, prouvant à quel point l'opioïde peut être additif.

Son seul but était devenu de trouver de quoi la faire sentir mieux, antidouleurs ou pas. C'est comme cela que Carrie a commencé les drogues dures, cela lui donnait les mêmes effets que les médicaments.

Carrie, Frontline

Carrie, Frontline

"L'opioïde est comme l'école maternelle de l'héroïne, c'est comme ça que ça commence" explique Dr. Tom Maclellan, Directeur Adjoint de la Politique Nationale de contrôle des drogues.
Sans s'en rendre compte, Carrie a commencé à utiliser de la cocaïne, de l'héroïne au quotidien, perdant la garde de ses enfants, perdant sa maison, son mari, ses amis... jusqu'au jour où elle a pris la dose d'héroïne de trop. 

 

Avec du temps et beaucoup d'aide Carrie s'en sont sortie, mais ce n'est pas le cas des 50 000 Américains décédés des suites d'une overdose en 2016 selon le Death Statistics at The Center for Disease contrôle and Prévention. 73% d'entre eux sont mort à cause d'une overdose d'opioïde.

 

Overdose d'opioide - Photo/YIPA

Overdose d'opioide - Photo/YIPA

 

L'épidémie d'opioïde a mené le pays à une épidémie d'héroïne sans précédente. Environ 2 millions d'Américains sont aujourd'hui dépendants à l'héroïne.

Quel-est le rôle du gouvernement?

Le National Institute on Drug Abuse (NIDA) travaille avec des agences fédérales "pour préserver la santé publique du challenge de l'abus des ordonnances d'opioïde dans le pays," explique leur site internet.

Le dernier changement que le gouvernement a établi pour gérer cette crise d'héroïne était le 19 septembre 2016 lorsque Barack Obama a annoncé une "opioid and Heroin Epidemic Awareness week."

Il a également demandé en urgence au Congrès un budget spécial de plus d'un milliard de dollars pour trouver un nouveau traitement contre ce genre d'addiction.

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Pendant Opioid and Heroin Epidemic Awareness week, nous devons nous souvenir de ceux que nous avons perdus à cause de l'utilisation de l'opioïde, et nous devons de soutenir les personnes courageuses qui veulent s'en sortir, et nous reconnaissons l'importance de cette épidémie," a expliqué la Maison-Blanche ce jour-là.

Clementine Boyer Duroselle

 

Greffes et transplantations: les personnes atteintes de maladies mentales n'y ont pas accès

Paul Corby. Photo/Washington Post

Paul Corby. Photo/Washington Post

Paul Corby a besoin d'un nouveau coeur. Il a déjà perdu son père de la même maladie cardiaque lorsqu'il était jeune, par manque de donneurs. Cette maladie détruit jour après jour son ventricule gauche; aucune chirurgie ou remède pourrait arranger sa condition. La seule solution est la greffe d'un nouveau coeur, mais cela lui a été refusé. Cela signifie tout simplement que Corby devra vivre avec cette maladie jusqu'à  ce que son coeur lâche, sans aucun espoir de guérison.

Autumn Chenkus et Charlie Higgs avec leur bébé, Maverick . Photo/CNN

Autumn Chenkus et Charlie Higgs avec leur bébé, Maverick . Photo/CNN

Autumn Chenkus et Charlie Higgs ont donné naissance à un petit garçon, Maverick, en 2013. Maverick est né avec une condition cardiaque qui lui avait déjà valu deux opérations à seulement cinq mois. Après plusieurs essais pour le sauver, les médecins ont expliqué aux parents qu'ils "devraient rentrer à la maison avec leur bébé et profiter du temps qu'il leur reste"  parce qu'ils ne voulaient pas ajouter Maverick sur la liste des receveurs d'organes.

Quel est le point commun entre Maverick et Paul Corby? Ils sont tous les deux atteint de maladies mentales.

Screen Shot 2017-03-06 at 3.34.49 PMAux Etats-Unis, 22 personnes se trouvant sur la fameuse liste d'attente meurent avant qu'ils aient eu le temps de recevoir un organe selon le Ministère de la Santé et des Services Sociaux des Etats-Unis.

Selon UNOS (organisation pour donneurs d'organes), il y a en ce moment exactement 118,412 personnes sur liste d'attente et une personne de plus y est ajoutée toutes les 10 minutes. plus de 70% de ces patients ont besoin d'un nouveau rein et 15% ont besoin d'un nouvrau foie.

Il y a plus de personnes ayant besoin d'un nouvel organe que de donneurs, alors comment les Etats-Unis choisissent qui mérite un coeur ou un rein plus qu'un autre patient? Comment choisissent-ils qui va vivre et qui va mourir?

Officiellement, tout dépend l'âge du patient, de l'organe dont il a besoin, de ses chances de survie suite à la greffe, dans quel état le patient et le donneur se trouvent. Mis à part ces quelques critères, les médecins sont libres de prendre leurs propres décisions en ce qui concerne leurs patients.

Par manque d'organes, les médecins doivent décider pour qui cela sera le plus utile, laissant de côté les patients avec des conditions mentales, tout simplement parce que l'organe sera plus  profitable à quelqu'un "en bonne santé " mentale,  selon Dr. Scott Halpern, professeur à l'Université de médecine  de Pennsylvanie. " Cela serait gâcher un organe qui pourrait être bien plus bénéfique à  une autre personne" explique Halpern au site internet consumer.healthday.com.  

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Une personne peut donner jusqu'à 8 organes qui peuvent sauver des vies.

La Banque d'Organes Américaine (UNOS) privilégie les patients qui ont le plus de change de survie et le moins de complications suite à la greffe explique Dr. Halpern.

A la suite de procès et dénonciations de cette pratique, un groupe de 30 législateurs au Congrès ont pétitionné au Ministère de la Santé et des Services Sociaux en octobre 2016 pour "émettre des directives sur la discrimination en martiére de transplantation d'organes à l'égard des personnes handicapés". Cette pétition devrait permettre une sélection plus juste pour les receveurs d'organes.

Cependant, les médecins ne suivent pas tous à la lettre cette nouvelle législation, et le Congrès n'a que peu de moyens d'avoir une réelle autorité à ce sujet. Le cas de Paul Corby, a été  découvert par Lenny Bernstein du Washington Post le 4 mars dernier par exemple. 

 

Clémentine Boyer Duroselle


	

Quand les universités américaines creusent les inégalités

En 2014, la dette étudiante a dépassé les mille milliards de dollars aux Etats-Unis. Elle n’a cessé d’augmenter depuis. Alors que les frais de scolarité des universités américaines atteignent des sommes rarement égalées dans le reste du monde, l’université américaine semble ne plus jouer son rôle et creuser les inégalités.

Avec leurs frais de scolarité, "les universités de reposent plus que jamais sur l'inégalité du système" 

Le montant moyen de la dette d’un étudiant dépasse désormais les 30 000 dollars, révèle l'enquête 2016 du Pell Insistute. Rien d’étonnant quand on sait que le coût moyen d’une université américaine s’élève à 20 000 dollars par an, alors que l’Etat ne cesse de diminuer ses investissements. Ces frais exorbitants – qui dépassent souvent les 50 000 dollars dans les meilleures universités du pays –, sont devenus indispensables aux établissements de l'enseignement supérieur qui fonctionnent en grande partie grâce aux frais versés par leurs étudiants.

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Lors de leur cérémonie de remise des diplômes, les étudiants ont inscrit le montant de leur dette sur leur "graduation cap". 

Dépendantes de ces frais, les universités admettent en majorité des étudiants à hauts revenus qui pourront débourser les sommes demandées - ou contracter des prêts. « Les universités se reposent plus que jamais sur l’inégalité du système », écrivait The Atlantic en 2013. Quatre ans plus tard, le constat est le même. En effet, les universités pouvant se permettre d’octroyer de nombreuses bourses sont rares et les aides de l’état ne couvrent en général que jusqu’à 20% des frais de scolarité.

Salaires stagnants et chômage élevé pour les jeunes diplômés

A la sortie, les salaires stagnent et les perspectives d’emplois sont rares voire inexistantes dans certains secteurs, comme le souligne l'étude publiée en avril 2016. Entre avril 2014 et mai 2015, le taux de chômage moyen des jeunes diplômés âgés de 21 à 24 ans était de 7,2%, alors que le taux national moyen avoisinait les 5,5%.

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Graphique comparant l'évolution de la dette étudiante moyenne (en violet) à celle du salaire moyen (en vert), de 1990 à 2015. Source: The Huffington Post, 2016.  

 

Endettés et sans emploi, nombreux sont les anciens étudiants se retrouvant rapidement dans une situation précaire, après quatre, six ou même huit ans d’études. Certains diplômés désespérés décident d'intégrer à nouveau l'université, poursuivant l'espoir qu'un master ou un doctorat les sortira de la précarité. Une décision qui, dans l'immédiat, ne fait que creuser leur dette.

Choisir son université, une décision déterminante

Mais ce n’est pas qu’à la sortie que les inégalités de creusent. Pour beaucoup, tout se joue avant même la fin du lycée, au moment de choisir leur université. Ainsi, les étudiants issus des foyers les plus riches représentent 74% des élèves des 146 meilleures universités du pays. En cause, manque d’informations, autocensure, mais surtout ces fameux frais de scolarité.

Les élèves ne pouvant pas se permettre de telles dépenses doivent donc souvent se contenter de choix moins ambitieux ou de diplômes en deux ans dans des « community colleges », moins onéreux. Enfin, faute de moyens, certains doivent parfois tout simplement renoncer aux études supérieures.

Dans un pays où le classement des universités est tenace, la provenance du diplôme détermine souvent le salaire – et la position – à la sortie. On assiste alors à un cercle vicieux qui nourrit et perpétue les inégalités. 

"Je suis étudiante et employée à plein temps, mais je n'ai pas le choix" 

Autre facteur d’inégalités, les élèves les moins aisés doivent souvent cumuler études et emploi étudiant. Un duo qui, s’il peut parfois être bénéfique à l’étudiant, fait rarement bon ménage sur le plan scolaire. L’étude note ainsi que les étudiants désignent cet emploi comme la première cause d’échec à l’université.

Kristen fait partie de ces étudiants qui doivent travailler afin de pouvoir s’offrir une éducation. Etudiante à plein temps en troisième année à l’université de George Mason en Virginie, elle est employée, en parallèle, quarante heures par semaine. Un rythme éprouvant pour cette aspirante psychologue qui n’a pas vraiment le choix.

Septième d’une famille de huit enfants, Kristen a pu bénéficier, comme ses frères et sœurs, du soutien financier de ses parents pendant ses deux premières années d’études. Désormais, c’est à elle de trouver les fonds pour financer le reste de ses études. Une situation qu’elle trouve « totalement normale » : « Certaines familles ont les moyens de payer pour leurs enfants ou de rembourser leurs prêts, moi je dois travailler. Mais je ne suis pas un cas isolé, beaucoup d’étudiants autour de moi travaillent. »

Quant aux conséquences sur le plan scolaire, l’avis de Kristen vient confirmer les conclusions de l’étude. « J’ai moins de temps à consacrer à mes études et je suis évidemment plus fatiguée, donc moins efficace en cours », nous confie-t-elle.

Ils restent cependant nombreux, même en ayant travaillé durant leurs études, à ne pas pouvoir rembourser leur emprunt dans les délais. Un problème qui pourrait bientôt dépasser le cadre estudiantin puisque ces défauts de paiement en chaîne pourraient entraîner une nouvelle crise, celle de la dette étudiante.

Victoria David