Obamacare vs Trumpcare, les manifestants font entendre leur voix

Pour la deuxième journée consécutive, des centaines de manifestants se sont rassemblés sur la place du Capitole, dans la capitale américaine. Tous s'opposent au projet de loi de Donald Trump, visant à remplacer la loi Obamacare mise sur pied par son prédécesseur Barack Obama.

"L'Affordable Care Act a sauvé ma vie" : c'est le message que Julian Joshua veut faire passer en soulevant sa pancarte au dessus de la foule. Ce retraité ne brandit pas une banale planche de carton. C'est sa vie qu'il porte à bout de bras. Originaire de Grande-Bretagne, il est venu s'installer aux États-Unis, avec sa femme américaine, il y a plusieurs années. Six mois seulement après son arrivée, les médecins lui ont diagnostiqué un cancer de la prostate. "J'en fais une histoire très personnelle, s'indigne Julian. Obamacare a totalement sauvé ma vie. Sans cette loi, j'aurais dû dépenser une fortune pour être soigné". Le Britannique, qui deviendra officiellement un citoyen américain le 4 juillet prochain, n'a dû débourser que 2 500$, une somme dérisoire comparée au montant de la facture de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

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Depuis, Julian est totalement guéri mais, n'exclut aucune rechute. C'est la raison pour laquelle il est venu manifester avec sa femme aujourd'hui. Le couple promet qu'il reviendra tous les jours si nécessaire, pour s'assurer que d'autres malades puissent bénéficier des mêmes aides financières. "Obamacare est un droit, non un privilège" soutient-il d'un ton engagé. 

Julian n'est malheureusement pas le seul à s'inquiéter des conséquences de l'abrogation d'Obamacare. Sous son chapeau rose, Carmen Diez Canseco applaudit ardemment les discours des activistes qui se succèdent. Agée de 66 ans, cette ancienne employée dans le secteur médical souffre depuis six années d'un cancer du sang. Aux Etats-Unis, les traitements médicaux pour ce type de cancer sont très coûteux, environ 10 000$ par mois. Sans Obamacare, Carmen est convaincue qu'elle n'aurait pas pu s'offrir les médicaments nécessaires et n'aurait donc pas survécu à la maladie : "Je serais morte depuis 4 ans".

Armée de sa pancarte, la sexagénaire dénonce que la réforme proposée par ce projet de loi bénéficiera aux riches, au détriment des pauvres. "Donald Trump n'a aucune idée que de ce que l'on vit au quotidien, assure-t-elle. Il devrait se mettre à la portée des classes les moins fortunées. Il ne survirait pas plus de trois jours dans la rue".

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Plus pour les riches, moins pour les pauvres

Selon un rapport publié par le Budget du Congrès américain (CBO), 22 millions d'Américains pourraient perdre leur assurance santé d'ici 2022 en cas d'abrogation de la loi Obamacare. Pour les manifestants, si le projet de loi est accepté, les premières victimes seront les personnes les plus vulnérables telles que les femmes, les enfants, les séniors aux faibles revenus, les personnes handicapées et ayant une maladie préexistante. Plusieurs organisations de professionnels de la santé, dont l'Association Médicale Américaine (AMA), dénoncent d'ailleurs le projet de loi du Sénat. Selon eux, en plus de diminuer drastiquement le financement de Medicaid, la couverture santé réservée aux plus pauvres, le projet de loi ne permettra pas de diminuer les coûts déjà très élevés des assurances maladies privées. 

L'avenir de la loi Obamacare sera rendu public dans une semaine. Selon Richard Arenberg, professeur en Sciences Politiques et Politique Publique à l'Université Brown, remplacer Obamacare nécessitera plusieurs années. "En ce moment, Trumpcare n'est supporté que par 17% de la population. L'ironie de l'histoire est que depuis son éventuelle suppression, Obamacare n'a jamais été aussi populaire aux États-Unis. Il est difficile de savoir quand Trumpcare verra le jour. Peut-être que d'ici là, un nouveau président sera à la tête du pays".

 Yelen BONHOMME-ALLARD avec Aliénor VINÇOTTE

 

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