Tout comprendre sur la réforme de santé des républicains

La Chambre des représentants devait se prononcer ce jeudi sur une nouvelle réforme de santé abrogeant l’Obamacare. Faute d'accord au sein du parti républicain, le vote vient d'être reporté. 

Une promesse phare

Cette réforme est un test crucial pour Trump. Son opposition à l’Obamacare semble avoir été la raison principale du vote en sa faveur. Conscient de cet engouement, il en a d’ailleurs fait l'objet de son tout premier décret en janvier dernier.

Obamacare, un bilan mitigé 

L’Obamacare, promulguée en 2010, avait tenté de corriger les inégalités engendrées par un système jusque-là très individualiste par lequel chaque américain pouvait "décider" de souscrire ou non à sa propre assurance. Seules les entreprises de plus de 50 salariés étaient tenues de proposer un contrat d’assurance à leurs salariés. Beaucoup d’américains, souvent faute de moyens, se retrouvaient alors sans assurance santé.

La réforme de santé de l’administration Obama avait mis en place un système de bourses d’échanges en ligne – avec des débuts difficiles – qui devait permettre à chacun de comparer les offres par état et de généraliser l'assurance maladie dans le pays. Si elle a effectivement permis une forte baisse du nombre d’américains sans assurance, cette réforme a néanmoins été vivement critiquée. En cause notamment, les montants des premiums ayant explosé dans certains états.

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Site mis en place par l'Obamacare

Peu de garanties conservées
Le projet de réforme examiné aujourd’hui conserve quelques garanties introduites par l’Obamacare comme le droit à l’assurance pour les personnes souffrant de maladies chroniques, le droit de garder son enfant sur son compte jusqu’à ses 26 ans, l’assurance des besoins de base ou l’interdiction des surprimes réservées aux femmes.

Libéralisation et augmentations des primes avec l’âge

Pour le reste, la réforme de Trump revient sur l'ensemble de l'Obamacare, menaçant ainsi de porter le nombre de personnes sans assurance à 52 millions alors qu’elles sont 27 millions aujourd’hui.

En effet, elle prévoit de supprimer la pénalité pour non-assurance – une augmentation de 30% des primes est cependant prévue pour les personnes non assurées pendant deux mois consécutifs. Le projet comprend en outre la libéralisation des primes qui, par ailleurs, augmenteraient avec l’âge. Cette mesure pourrait donc engendrer une forte augmentation des montants pour les plus âgés, un défaut qui devrait être corrigé par les parlementaires. Enfin, la possibilité de percevoir des allocations en fonction des ressources disparaitrait, seulement l’âge serait alors pris en compte. Les femmes pourraient elles aussi pâtir de cette nouvelle adoption, avec notamment de vifs débats sur la prise en charge des avortements.

Adoption incertaine

Malgré la majorité dont Trump bénéficie au sein de la chambre, le vote sur ce texte de 2700 pages est loin d’être acquis pour le nouveau président. Ces dernières semaines ont été le théâtre de multiples oppositions de la part de congressmen de la droite du parti, qui considèrent que le projet ne va pas assez loin, alors que les représentants républicains les plus modérés donnent eux aussi de la voix. Ces derniers redoutent les inégalités et la réduction du nombre d’assurés que pourrait engendrer la réforme.

Ces représentants font face à un choix cornélien: s'ils soutiennent l'administration, ils risquent d'aliéner une large partie de leur électorat qui leur en tiendra rigueur lors des élections de mi-mandat en 2018, mais s'ils décident de voter contre la réforme, c'est toute la crédibilité de leur parti et de la jeune administration qu'ils remettent en cause.

Résultat, le président et les leaders républicains ont multiplié les consultations et négociations ces dernières semaines dans l’espoir que leur majorité ne leur glisse pas entre les doigts. 216 voix sont nécessaires – 215, si l’on en croit le Washington Post qui indique qu’un démocrate ne sera pas présent lors du vote – afin de voter le texte, sur les 237 républicains qui siègent à la chambre. Trump dispose donc d’une marge très serrée de 21 à 22 défections.

Une marge si serrée que les républicains n'ont pas voulu prendre le risque. Peu après le rejet d'une proposition de la Maison Blanche par les opposants conservateurs, les leaders du parti au Congrès ont annoncé jeudi soir le report du scrutin. Donald Trump a ensuite tenté le tout pour le tout en menaçant les congressmen républicains de laisser l'Obamacare en place si sa réforme n'était pas adoptée.

Ce vote est un test pour la nouvelle administration qui doit à présent prouver qu’elle peut gouverner et tenir ses promesses. En outre, si la Chambre des Représentants finit par adopter le texte, il lui faudra ensuite être examiné au Sénat, où la très courte majorité – de deux voix seulement – des républicains laisse là encore planer le doute quant à l’issue du scrutin.  

Victoria David

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