Sao Paulo: les nouvelles agressions à la mode

 

Je ne savais même pas comment commencer cet article, ni comment le titrer.

L’histoire, elle, a commencé dans un bus à Sao Paulo en cette fin d'aout d’hiver brésilien. Une jeune femme assise dans cet espace confiné bondé, s’est retrouvée avec... du sperme sur son épaule. Diego Ferreira de Novais, 27 ans, venait d’éjaculer sur sa blouse, juste derrière elle. Au milieu des passagers. Comme ça. Stupeur, choc, incompréhension. Le jeune homme est arrêté, la jeune femme porte plainte. Les passagers affluent pour témoigner de ce flagrant délit. Un crime sexuel, déclare l’avocat général. Pourtant, 24 heures plus tard, le désormais célèbre jeune obsédé sexuel, qui fait la Une des journaux et des médias sociaux, est tout simplement libéré par le juge du tribunal Eugenio do Amaral Souza Neto. Le motif? son comportement constitue une simple « atteinte offensive à la pudeur » comme le prévoit l’article 61 de la loi de 1941, mais pas comme un crime apparenté au viol (article 213, si peu utilisé au Brésil…). 

« Je comprends qu’il n’y a pas eu de gène, ni de violence ou menace grave, puisque la victime était assise sur un siège du bus, quand elle a été surprise par l’éjaculation du suspect »

Une amende, à hauteur, selon la loi de 1941, de 200 milles réis. Une monnaie qui n’existe plus depuis 1975… 

Et hop, l’agresseur est reparti du tribunal…. en bus. 

Quelques jours plus tard, récidive du jeune homme, arrêté une nouvelle fois par la police, et qui a cette fois plaidé la démence. Etude du casier judiciaire: Diego en était à son 17 ème délit de ce genre ces dernières années…. 

Sur la toile, les commentateurs se déchainent, les stars brésiliennes y vont de leurs insultes envers ce juge macho, triste reflet de la société brésilienne actuelle qui n’a jamais été trop encline à défendre ses femmes.

« Monsieur a-t-il une mère, une soeur, une fille? s’indigne Sthefany Brito, actrice sur Instagram. « Ou va l’humanité? » dénonce Thaila Ayala, starlette/actrice brésilienne. 

Agression sexuelle ou tentative de viol? La peine risque-t-elle d’être disproportionnée pour un jeune homme mentalement dérangé qui aurait simplement, selon le juge, « un vilain TOC »? 

Alors qu’en Allemagne ou aux Etats Unis par exemple, il existe une loi spécifique pour ce genre de délit: l’interdiction formelle de choquer, offenser ou exciter contre son gré une personne... Au Brésil, c'est le vide juridique, auquel ce juge certes macho, s’est confronté… Et c’est loin d’être le seul:

Au premier semestre 2017, 127 cas d’agressions sexuelles du même genre ont été enregistrés dans les trains et bus de Sao Paulo. Seulement un cas a été considéré et enregistré comme viol par la justice. Dans tous les autres cas, les agresseurs ont été libérés. Changer la loi devient donc plus que jamais nécessaire. La commission « Constitution et justice » du Sénat est en train d’élaborer une nouvelle proposition de loi qui punie spécifiquement les cas d’agressions et attaques sexuelles sans violence ou menace à l’intégrité physique de la personne. 

D’ici la, chères paulistanas, allez au boulot en vélo. 

Fanny Lothaire

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  • Armando

    La "justice" brésilienne est vraiment honteuse. Cela se produit presque tous les jours parmi situations similaires. Une petite correction : "milréis" n’est pas une monnaie au Brésil depuis les années 40 du XXème siècle, pas depuis 1975.

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