Du pain... OU... des jeux

Le maire de Rio a annoncé diviser par deux les subventions accordées aux écoles de Samba du défilé officiel du Carnaval pour financer les cantines et l’entretien de crèches publiques.

C’est la formule revisitée par le nouveau maire de Rio de Janeiro, Marcelo Crivella pour éviter de creuser encore plus le fond des caisses vides de sa ville, en faillite: Il a décidé d’aller piocher dans les subventions accordées aux écoles de Samba du Carnaval. Chaque année, les 12 écoles de Samba les plus célèbres de la ville (et du monde) reçoivent une enveloppe de la mairie totalisant 8 millions d’euros, qu’elles se répartissent pour financer la fabrication de costumes et de chars, la location des locaux de l’école, l’achat de matériel, la cantine du personnel… (et souvent, au final, les bijoux de la femmes du patron). Et bien cette année, le nouveau maire évangéliste connu pour son aversion à ce carnaval déluré bien trop dénudé à son gout, a décidé de retirer 50% de ce financement pour le destiner à l’entretien et aux cantines des écoles maternelles et crèches publiques de la ville. Du beurre dans les épinards à l’eau pour les 15 000 élèves des 158 unités concernées.

Demander aux reines de la Samba de se serrer un peu le string à paillette pour permettre à des jeunes enfants de mieux manger à l’école et d’étudier dans des conditions meilleures : une bien belle action me direz-vous. 

Mais c’est oublier que le carnaval de Rio n’est pas considéré ici comme un simple trémoussement de fesses botoxées pour exciter le touriste. C’est une économie, mieux, une industrie, qui génère des millions d’euros chaque année: en emploi (500 employés à l’année par école de Samba, sans compter les extras pendant les 4 jours de défilés officiels… les gardiens/dames pipi/éboueurs/vigiles et autres emplois temporaires de la mairie…), et en tourisme (100% d’occupation des hôtels de la ville/des restaurants bondés et des « packages » Sambodrome/visite de la ville aux prix ahurissants) 

La très sérieuse Liesa, la ligue indépendante des écoles de Samba a donc annoncé ce mercredi, par la voie d’une toute aussi sérieuse note officielle, la suspension du prochain défilé du Carnaval 2018. Une réponse un brin radicale, mais le porte-parole est limpide: « ne cherchez pas à gratter de l’argent sur notre dos monsieur le Maire, allez puiser plutôt dans les recettes directes et les impôts si élevés que vous nous taxez pendant la période de Carnaval, et on sera quites ». La pilule a d’autant plus de mal à passer que Marcelo Crivella avait rendu visite à l’association quelques mois auparavant pour signer un contrat de maintien des subventions garantissant un montant au moins égal à l’année passée. 

La Liesa a demandé un rendez vous avec le maire dans les prochains jours. Le carnaval de Rio, ce n’est pas que fesses, strass et paillettes….

Fanny Lothaire

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