Tinder, une plate-forme de séduction politique ?

Passer par une plate-forme de rencontre pour stimuler sa campagne politique ? C’est l’idée originale de plusieurs jeunes élus, qui veulent aller au contact de leurs électeurs. Depuis les élections législatives locales de Berlin de septembre 2016, Alexandre Freier-Winterwerb et Florian Nöll vont à la rencontre des habitants via la plate-forme sociale Tinder. Une démarche qui peut sembler peut professionnelle et déplacée.

Tinder est une application portable arrangeant des rencontres qui est surtout destinée aux relations amoureuses. Aujourd’hui, elle brasse aléatoirement 50 millions de profils dont 2 millions en Allemagne. L’intérêt pour l'homme politique est de pouvoir rencontrer des personnes de son entourage mais aussi de cibler les jeunes électeurs qui ont entre 18 et 34 ans, comme 85% des utilisateurs Tinder. L’application peut donc apparaître comme un filtre pour cibler certains électeurs. C’est l’avis de Matti Merker membre de la fraction locale du SPD dans le Lander Hesse (centre de l’Allemagne). « Beaucoup n’ont pas compris, que je ne suis pas là pour faire des rencontres mais que j’utilise Tinder pour mon travail politique. Ce qui était d’abord intéressant sur Tinder, c’était le cercle de recherche, où l’on peut vraiment trouver des personnes dans son entourage. Deuxièmement, c’est la cible : principalement des jeunes de 18 à 24 ans. » explique-t-il.

Alexandre Freier-Winterwerb a effectué la même démarche pour les élections législatives locales de Berlin en 2016. Il a 30 ans et s’est inscrit sur Tinder pour rencontrer ses électeurs et les convaincre de son programme pour la commune de « Treptower-Norden » de Berlin. Les scrutins sont déjà passés, mais l’homme politique continue d’aller à la rencontre des habitants de sa circonscription via la plate-forme sociale. Comme pour un profil lambda, il indique son âge, son mail et son numéro précisant qu’il est disponible n’importe quand. Il ajoute son slogan : « engagé pour les logements bon marchés, engagé pour les bonnes crèches, engagé pour une meilleure éducation, engagé pour vous » comme le précise Der Spiegel (dans son édition pour abonnés).

Alexander Freier-Winterwerb justifie sa démarche : « C’est toujours un peu frustrant quand une équipe de campagne distribue des flyers et que les meetings politiques ne font pas le plein. Donc je me suis dit qu’il fallait aller aussi là où sont les gens et il y a un fort potentiel sur Tinder ». La démarche n’a pas suffi à le faire élire mais il a quand même 700 « match » Tinder qui lui permettent d’aller à la rencontre des habitants et de discuter avec eux.  « Mon profil est clairement reconnaissable comme page électorale. Et ceux qui acceptent mon profil sont ceux qui ont un apriori positif, c’est le principe même du fonctionnement de ce site. Donc j’ai eu beaucoup de retours positifs et ces nouveaux contacts ont des questions clairement politiques sur les problèmes berlinois, comme les places en jardin d’enfants par exemple » ajoute-il.

Cette idée ne concerne pas seulement le SPD : Florian Nöll est aussi un jeune homme politique qui voulait représenter le CDU pour la circonscription du Moabit à l’ouest de Berlin. Il crée son profil avec un slogan : « Moabit fait l’amour » et « Moabit a le choix ». Des jeux de mots qui ne lui ont pas forcément porté chance.

 

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"Swipe the vote", le Tinder politique

Plusieurs profils ont déjà été créés depuis les débuts de Tinder en 2012. La première à l’avoir utilisé dans le monde germanophone est Aline Trede, 33 ans qui a fait campagne en Suisse pour les élections fédérales de 2015. Elle a vu dans Tinder un véritable potentiel : « j’avais lu que Tinder marchait très bien en Suisse. Alors je me suis dit pourquoi ne pas aussi essayer ? » explique-t-elle au Spiegel. Elle a donc créé un compte privé en ajoutant des slogans, et indications sur ses idées. Chaque match était invité à boire une bière avec la candidate. Mais beaucoup n’ont pas apprécié cette démarche et son compte a été signalé à la direction de Tinder, qui a bloqué son profil. De nombreux utilisateurs considèrent Tinder comme étant une plate-forme personnelle où les discours politiques n’ont pas leur place.

Cependant, Tinder a déjà été utilisé comme plate-forme politique dans différents pays anglo-saxons. L’application a créé un second programme intitulé « swipe the vote » pour les élections américaines. Chacun pouvait « matcher » son candidat préféré en faisant glisser sa photo à droite (oui) ou à gauche (non). La plate-forme permettait aussi d’accéder aux programmes des candidats et même de répondre à plusieurs questions afin de savoir quel candidat nous correspondait le mieux. Cela a aussi été utilisé pour le Brexit en Angleterre et même pour la primaire de la droite et du centre en France.

 

Par Sibylle Aoudjhane

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