Les lolitas sont rhabillées

Il y a quelque temps, Simon Liberati a épousé Eva Ionesco. Il se propose dans son dernier roman qui vient de paraître de revenir sur sa rencontre avec celle qui devint sa femme et de revisiter l’enfance et l’adolescence tumultueuse de celle qui fut la muse photographique de sa mère, Irina Ionesco.

Cette dernière, qui n’échange plus avec sa fille de puis des années que par l’intermédiaire d’avocats, vient de perdre le procès qu’elle avait attenté contre Simon Liberati et les éditions Stocks, voulant les contraindre à ôter certains passages concernant sa vie privée.

Irina Ionesco est une photographe célébrée et honorée. Ses images, d’un noir et blanc violent et cru incarnaient la préciosité et le souffre. Elles symbolisaient une certaine esthétique de la décadence. Autant de concepts qu’à cette époque révolue les gens appréciaient. Les plus grandes revues et magazines d’alors célébraient son talent et ses audaces en publiant les images d’Eva, sa fille.

Eva, au nom du droit à l’image, tente depuis des années de faire saisir les négatifs sur lesquels son corps de fillette de l’âge de 4 à 14 ans est montré dans toute sa nudité. En guise de réponse du berger à la bergère, sa mère Irina avait donc essayé de gêner la parution du livre de Simon Liberati.

La licence des mœurs des années soixante dix est-elle, au vingt et unième siècle, condamnable ? Qui est donc capable de définir, dans le domaine artistique, ce qui est moralement acceptable de ce qui est répréhensible de nos jours ?

Quarante ans sans guerre, sans révolutions dans nos pays occidentaux ont été capables de retourner les règles de la bonne conduite. Chacun est dorénavant maître de son corps, de son image, et à tout âge : enfant, adolescent ou adulte. Les parents n’ont plus tous les droits. Le talent célébré dans les années soixante dix peut devenir la boue exécrée de nos jours. La jeune fille hamiltonienne, celle de Lewis Carrol ou d’Irina Ionesco n’est plus acceptable. Souvenons nous des remous provoqués aux USA par la dernière adaptation cinématographique du livre de Nabokov, Lolita.

Le monde change en quarante ans. Voilà une lapalissade qu’il est bon de rappeler. Et personne ne réfuterait l’idée que le corps d’Eva Ionesco lui appartient. Elle a le droit de le protéger et d’interdire à sa mère de gagner de l’argent avec des photos l’exhibant. Faut-il alors que la jeune Eva, devenue cinéaste, fasse un film sur son enfance et, réglant ses comptes avec sa mère, exposa tous les recoins de son adolescence à ceux qui ne la connaissaient pas encore ? Et sa mère, de son côté, par cette intervention juridique ratée n’a-t-elle pas tout simplement participé au jeu médiatique obligatoire des livres de la rentrée de septembre en pointant les lumières vers le bouquin de son beau-fils, Simon Liberati ? On peut se demander si la presse parisienne aurait autant parlé de ce livre sans tout ce vacarme. Je n’en sais strictement rien. Il me reste, comme vous, à découvrir ce livre dont tout le monde parle.

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