"Avengers, l'ère d'Ultron" en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ?

Quel est l'impact de la 3D sur notre esprit ? Cette technologie, censée nous immerger davantage dans un film en jouant sur la profondeur de l'image, est finalement peu connue des scientifiques. Souvenirs, émotion, humeur... Un doctorant en neuropsychologie du laboratoire "Mémoire et cognition" à l'université Paris Descartes, Dominique Makowski, se penche sur le sujet pour tenter de percer le mystère. Il a établi un questionnaire sur le film Avengers, l'ère d'Ultron, dont les résultats devraient aider à mieux cerner la spécificité de la réception d'un film en 3D sur notre cerveau par rapport à un format classique. Alors, aussitôt vu et aussitôt oublié, ce Marvel en 3D ?

Cliquez ici pour répondre au questionnaire !

Pour comprendre la démarche de cette étude, j'ai posé quelques questions à son auteur...

Comment est né ce projet ?

Cette étude vise à étudier les effets éventuels de la 3D sur une personne en termes d'attention, d'émotions et de mémoire. Au vu des sommes investies par l'industrie cinématographique dans cette technologie, la 3D mérite qu'on identifie l'intérêt que le public lui porte réellement. J'aimerais comprendre comment la technologie peut modifier ce que l'on appelle "le sentiment de présence".

A quoi renvoie ce "sentiment de présence" ?

Cette notion a commencé à être étudiée il y a une vingtaine d'années avec l'émergence des travaux sur la réalité virtuelle. On pourrait lui donner pour synonyme "immersion". Il s'agit de comprendre pourquoi un média (un film, un livre ou autre) nous accroche parfois totalement, nous capte, jusqu'à faire oublier à notre cerveau le monde réel environnant... Le problème, c'est que ce sentiment n'est pas forcément guidé par la technologie, mais aussi par l'émotion que l'on ressent. L'enquête vise aussi à délimiter ce qui dépend de la technologie, et ce qui dépend du média.

Pourquoi avoir choisi ce film plutôt qu'un autre ?

Le principal facteur, c'était que l'audience d'Avengers, l'ère d'Ultron est assez large et permet de toucher un panel plus vaste. Y a-t-il des différences dans l'acceptation de la 3D en fonction de l'âge, par exemple ? D'autre part, il y a beaucoup d'action dans Avengers, et l'histoire n'est pas très compliquée, on ne s'embrouille pas vraiment sur les retournements de situation. Et puis, avec mon collègue Marco Sperduti qui participe à l'étude, on est des fans de Marvel !

Pourquoi la 3D changerait la façon de se souvenir des images ?

A l'heure actuelle, on ne sait pas encore si la 3D aura un impact. Notre hypothèse, c'est que l'immersion devrait être plus forte, et qu'elle devrait donc améliorer l'encodage de notre mémoire. Mais il existe une autre hypothèse plausible : ce processus pourrait être indépendant de la 3D et lié à la qualité du film, pas à la technologie. Pourquoi se souvient-on de certains détails ? Est-ce parce que le film nous a captivés, ou au contraire parce que notre esprit s'est déporté sur des détails perceptifs, par ennui ?

J'ai été étonnée que vous posiez des questions sur l'humeur du spectateur, à la sortie de la salle. Vous pensez que la 3D peut rendre les gens plus nerveux ?

On essaie plutôt de savoir comment le fait de regarder un film, de manière générale, peut moduler l'humeur. Je travaille aussi, dans le cadre de mes recherches, sur la régulation émotionnelle. Ce film a-t-il des qualités anxiolytiques ou pas ? Au regard de l'intensité de l'action, parfois violente, on peut imaginer que le film fait l'effet d'une décharge d'émotions et nous permet de reprendre nos vie normale ensuite, d'être plus détendus.

Widow

Quelles sont les meilleures conditions pour effectuer le test ?

Il ne faut pas attendre des semaines, mais il n'y a pas de conditions spécifiques. Des délais différents entre le visionnage du film et la réponse au questionnaire sont intéressants, on les prendra en compte.

Et sinon, vous en pensez quoi de cet Avengers, il vous a plu ?

Je l'ai trouvé très drôle, avec de bons personnages. Il est beaucoup moins négatif que ce que la bande annonce laissait présager. J'ai passé un bon moment !

Rejoindre Contrechamp sur Facebook !

Crédit photos : The Walt Disney Company

Publié par Ariane Nicolas / Catégories : Actu

A lire aussi

  • Aucun article
  • emi

    Bonjour,
    Merci pour votre excellent blog et vos textes qui s'écartent toujours des critiques classiques. J'attends avec impatience la suite! Vous n'allez tout de même pas finir sur Avengers... :)

  • castortroy01

    Avec beaucoup de retard... et en ayant répondu aux 2 questionnaires:

    L'entrée en gare ou la sortie de l'usine à produit son effet auparavant.

    La technologie (images animés, sons, couleurs, effets numériques, performance capture et calcul dans le cloud) n'apporterai pas un "plus", mais une audience plus large à chaque fois que le médium s'installe dans la conscience des gens. Elle renouvelle ainsi un attrait qui n'a jamais disparue.

    De vieux films reste toujours puissant ("Johnny s'en va en guerre", "Them!") à côté d'oeuvre récente ("Gravity") tant que son sérieux dans sa réalisation et sa mise en scène (aka narration) interpelle le spectateur.

    La nouveauté technologique fait peut-être sauter des verrous bien installé (qui reviendront une fois bien appréhendés) mais n'est pas spécifique à la 3D.

    La Lecture, à l'inverse, fait plus appel à l'imagination, et donc une action bien plus personnel qui lui a permis de subsister après la BD, la TV et le cinéma (et le jeu vidéo?) qui eux, sont plus démonstratif (et donc dépendant des outils: qui se souvient du dessin animé 100% numérique "Serial Experiments: Lain" de 1998?).